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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par Jagadananda

Vincent Humbert: 
quand le corps devient  une prison



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Je viens de regarder un téléfilm trés émouvant intitulé "Marie Humbert, l'amour d'une mère". Ce film est basé sur une histoire vraie, celle de Vincent Humbert, un jeune homme plein de vie, pompier de profession, victime d'un terrible accident de voiture à l'âge de 19 ans . A l'hopital, après neuf mois de coma, Vincent se réveille enfin... pour réaliser qu'il est tétraplégique chronique (ne pouvant bouger aucun membre), aveugle et muet! Grâce à l'affection et à l'obstination d'une mère exceptionnelle (Sa mère a mis au point une méthode pour qu'il communique simplement à travers la pression de son pouce sur sa main), Vincent parvient alors à communiquer avec elle. Mais lorsqu'il le fait c'est pour lui exprimer son profond désarroi et son désir de mourir pour échapper à sa condition infernale. Sa mère Marie finira par accéder, la mort dans l'âme, aux voeux de son fils chéri et décidera de l'aider à abroger ses souffrances en provoquant sa mort.



L'histoire s'oriente ensuite trés vite vers la question de l'euthanasie et c'est de cette façon, principalement axée sur le thème de l'euthanasie, que les mass-médias et les politiques aborderont "le cas Vincent Humbert" . Et bien que, certainement, le problème de l'euthanasie, dans cette histoire dramatique et bouleversante de Vincent, demeure important, au-delà de ces polémiques (sur le droit ou non que l'homme et la société ont d'abrojer les souffrances de quelqu'un au moment où son état devient une véritable torture), il semble malheureusement et curieusement que l'on a occulté totalement un autre aspect de l'histoire tragique de Vincent . Il s'agit de la dimension spirituelle de cette tragédie, laquelle est pourtant fondamental car elle concerne non seulement Vincent Humbert mais aussi chacun d'entre nous : la souffrance de l'être incarné dans le corps matériel.



Mais beaucoup objecteront que leur situation ne peut être comparée à celle de Vincent qui était, elle, désespérée. A quoi on peut répondre que, certainement, la situation de la plupart d'entre nous n'est pas, heureusement et de loin, aussi dramatique que celle de Vincent mais quelle garantie y a-t'il qu'un jour ou l'autre, nous aussi, nous ne connaissions pas une situation aussi dramatique face à la souffrance et la mort ? Une situation par laquelle notre corps matériel devienne si douloureux et invalidant que nous souhaitions, nous aussi, mourir sur le champ? Que ce soit à cause, comme lui, d'un accident automobile, d'une grâve et soudaine maladie, où de la vieillesse qui rend malheureusement et souvent impotent?


 
La vérité est que, pratiquement chacun de nous, durant notre vie, cherchons à occulter la question de la souffrance et de la mort, préférant l'éviter que la confronter (Les résultats d'audience décevants du téléfilm tendent d'ailleurs à le confirmer) . Mais c'est là une grâve méprise car ce n'est pas en les occultant que nous serons en mesure de confronter les possibles futures épreuves liées à un corps invalide et à la  souffrance mais plutôt en cherchant à trouver une solution comme le propose cet article .



A ce propos, je me rappelle le comportement de ma grand-mère quelques temps avant qu'elle meurt. J'avais décidé, alors que je lui rendais visite chez elle, puisque c'était la religion de sa vie ( et qu'elle avait du mal à comprendre Krishna) de lui amener une petite figurine de Jésus Christ, un chapelet et de lui parler du Nouveau Testament. Elle fut surprise de me voir arriver avec la figurine et le chapelet, car elle n'était pas, comme on dit, trés pratiquante. C'est alors que, sans attendre, je décidais de lui parler de la mort. "Je prie Jésus ", lui ai-je dit "pour qu'il veuille bien veiller sur toi, afin que si la mort t'emporte, tu puisses penser à lui, recevoir sa protection et atteindre ainsi une bonne destination ". Mais qu'elle ne fut pas ma surprise d'entendre ma grand-mère, bien qu'elle fut trés malade, âgée et affaiblie, me répliquer, remplie d'effroi : "Mais ne parle pas de la mort! Je ne veux pas y penser, cela me fait trés peur!" A travers cette réaction angoissée de ma grand-mère face à la question de la mort , je compris soudain, combien les gens, en général, essaient désespérément d'occulter la mort et la souffrance, et qu'ainsi, plutôt que de si préparer, cherchent pathétiquement à les occulter.



 
Dans le cas de Vincent Humbert, si celui-ci ne craignait pas la mort et la souhaitait plutôt, c'est que sa vie était devenue intolérable . Son corps était une véritable prison dans laquelle il se retrouvait totalement enchainé et privé de liberté. En plus d'être paralysé, et donc parfaitement impotent, son corps le faisait également souffrir : ses yeux, son dos, ses membres...Et ainsi, il souhaitait ardemment mourir car il voyait en la mort le seul et unique moyen d'échapper enfin à sa condition infernale.


Vincent Humbert finit par atteindre, grâce, en grande partie, à la grandeur d'âme d'une mère exceptionnelle, la libération qu'il avait tant souhaité. Certainement, cet acte était une occasion de se réjouir pour lui (bien qu'aussi une occasion de grande tristesse face au grand chagrin de sa mère qui perdait son fils).

 

Cette histoire fort tragique et trés émouvante de Vincent Humbert a soulevé une question philosophique d'importance: la question de la libération de la souffrance engendrée par le corps. Ainsi, il ne faudrait pas penser (comme souvent trop de gens le croit), qu'avec la mort tous les problèmes engendrés par le corps matériel sont finis. En effet la Bhagavad-gita, le joyau de la connaissance védique, nous avertit :


" La mort est certaine pour qui naît, et certaine la naissance pour qui meurt. " Bg (2.27)

 

Ainsi, les Ecritures Védiques dont le Srimad Bhagavatam, nous avertissent que, tant et aussi longtemps, que nous demeurons enchainés au cycle des morts et des renaissances, la condition de souffrance de l'existence matérielle n'est pas résolue. La prison du monde matérielleDans le Srimad Bhagavatam le corps matériel est considéré comme une prison pour l'âme. Déjà, il faut dire que la naissance, et avant cela, la condition du fétus dans le sein de la mère, sont comparables aux souffrances que Vincent a enduré. En effet, le Srimad Bhagavatam décrit précisément la situation pénible du fétus dans le ventre de sa mère. Celle-ci est alors comparée, elle aussi, à une véritable incarcération pour le fétus (nous invitons ceux qui le souhaitent à lire le texte complet dans le 3ème chant chapitre 31) :


" ...Quatre mois après la conception, les sept composants essentiels du corps, à savoir le chyle, le sang, la chair, la graisse, les os, la moelle et le liquide séminal sont créés. A la fin du cinquième mois, la faim et la soif se font sentir, et à la fin du sixième, le foetus, prisonnier de la cavité amniotique, commence à bouger sur le côté droit de l'abdomen. Assurant sa nutrition à partir des aliments et des boissons ingurgités par la mère, le foetus grandit et reste confiné dans cet abominable réceptacle d'excréments et d'urine, où prolifèrent toutes sortes de vers. Constamment mordu sur tout le corps par les vers affamés se trouvant eux aussi dans le ventre de la mère, l'enfant, si délicat, souffre terriblement et sombre dans l'inconscience à tout instant, soumis à cette condition terrible. Parce que la mère absorbe des aliments amers, piquants, trop salés ou trop acides, le corps de l'enfant est sans fin sujet à des douleurs pour ainsi dire intolérables. Enfermé dans la cavité amniotique et entouré à l'extérieur par les intestins, l'enfant demeure allongé sur un côté de l'abdomen, la tête inclinée vers son ventre et le dos ainsi que le cou courbés comme un arc. L'enfant se trouve ainsi comme un oiseau en cage, sans aucune liberté de mouvement. A ce moment, s'il est fortuné, il pourra se rappeler toutes les difficultés rencontrées au long de ses cent dernières vies, et il s'affligera pitoyablement. Comment pourrait-on trouver la paix du mental dans une telle condition?..."

            Srimad-Bhagavatam (Troisième chant, chapitre 31) 

Ayant quitté son corps invalide, on peut espérer que Vincent  n'a plus eu à souffrir ( en n'omettant pas, cependant, de penser aux souffrances qu'il a dû subir en devant naître à nouveau), comme il avait souffert horriblement dans cette vie. Mais, cela dit, encore une fois, on doit souligner que la question de la réelle libération et de la souffrance reliée au corps matériel n'est pas résolue pour autant pour lui.


Nous avons tous oublié notre condition misérable en tant que fétus, dans le sein de notre mère, et les souffrances qui l'accompagne. La vérité est que nous ne faisons que changer au cours de notre existence matérielle d'une situation d'incarcération à une autre. Et lorsque, pour un temps, nous nous trouvons un peu soulagé, nous appelons ça le bonheur.


Pour utiliser une analogie qui nous permette de mieux comprendre la condition de l'incarcération de l'être dans un corps matériel, on peut dire que Vincent, pendant ces trois années suivant son accident, s'est retrouvé dans une condition d'emprisonnement maximum, comme enfermé dans un véritable cachot, trés étroit et sombre. Ces conditons d'emprisonnement était donc particulièrement abominables, et pouvait être ainsi comparées à celles d'une prison de troisième classe. Poursuivant l'analogie concernant nos conditions d'existence dans ce corps matériel au sein du monde matériel, on peut dire qu'il existe, selon les conditions d'incarcérations, différents niveaux d'incarcérations. On pourrait par exemple les classer selon trois niveaux. On a déjà parler du troisième niveau, il existe également des prisons de première et deuxième classe. Les prisons de première classe sont comparables à celles que certaines prisons réservent spécialement aux VIP, aux politiciens, hommes d'affaires importants et autres personnalités, à qui l'on réserve des conditions d'emprisonnement plus avantageuses (ou moins pénibles). On peut même voir dans les prisons américaines, certains prisonniers, jouir de conditions d'emprisonnement relativement privilégiées; cellules individuelles, télévisieurs LCD, lit douillet et confortable, ordinateur personnel, chaine Hi Fi, pièce décorée, visite de leurs femmes, etc.. Mais il n'en reste pas moins, cependant, que la prison demeure une prison. Quelle soit de première, deuxième ou troisième classe comme ces prisons insalubres d'Amérique du Sud, une prison ne sera jamais un lieu de réel bonheur. Il y manquera toujours un élément essentiel au bonheur: la liberté totale.

  
Ne soyons donc pas assez fous pour souhaiter simplement améliorer notre conditon matérielle, et ainsi considérer uniquement, que le but de la vie est d'améliorer notre condition d'incarcération. Et ainsi, de passer de la condition d'incarcération de troisième ou deuxième classe à une de première classe. Non, notre réelle aspiration, la réelle et profonde aspiration de l'âme, ne peut être comblée que par une totale et parfaite liberté, au-delà de la sphère matérielle:

 
"..Le besoin véritable de l'âme conditionnée, c'est de trouver réponse à son désir d'échapper à l'atmosphère oppressante de l'univers matériel, pour étancher sa soif de liberté totale. L'âme veut franchir les murs de l'univers, et voir la libre lumière et l'élément spirituel. Cette liberté complète, elle la trouve quand elle rencontre le Tout spirituel complet, le Seigneur Suprême. En chacun dort une pure affection pour Dieu, et l'existence matérielle, manifestée à travers le corps et le mental, vient de ce que l'affection pour Dieu s'est dénaturée en se reportant sur la matière brute et subtile. Nous devons donc adopter des occupations qui raviveront notre conscience divine, spirituelle. Or, cela n'est rendu possible que par l'écoute et le chant des Activités divines du Seigneur Suprême, et notre verset ajoute que toute occupation n'aidant pas à développer un attachement pour l'écoute et le chant du message sublime de Dieu s'avère être une simple perte de temps. C'est qu'aucune autre occupation, aucun autre attachement, aucune oeuvre spéculative, ne peut conférer à l'âme la libération. Même les efforts de ceux qui recherchent le salut sont tenus pour vains, car ils ne réussissent pas à saisir la source de toute liberté. Le bas matérialiste devrait avoir assez d'esprit pratique pour comprendre que les gains matériels qu'il est susceptible d'acquérir, dans cette vie ou dans la prochaine, seront toujours limités par le temps et l'espace. Même s'il s'élève jusqu'à Svargaloka, le système planétaire le plus élevé de l'univers matériel, il n'y trouvera pas de refuge permanent pour son âme assoiffée de bonheur. En vérité, il ne peut la satisfaire que par la méthode scientifique et parfaite du service de dévotion pur."

Teneur et portée de Srila Prabhupada du Srimad Bhagavatam (1.2.8)

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