Srila Prabhupada

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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par BBT

La Vie et l'Enseignement de 
 Sri Chaitanya Mahaprabhu 

 

par Sa Divine Grâce

AC BHAKTIVEDANTA SWAMI PRABHUPADA

 __________


Quatrième Partie

 

Retour à Puri; rencontre avec Maharaja Prataparudra ; Sri Chaitanya est un strict sannyasi


Des années à Puri: le festival du Ratha Yatra; départ pour Vrndavana


Sri Chaitanya prêche à Bénarès; rencontre et conversation avec les sannyasis mayavadis


Conversion des sannyasis mayavadis.


Sri Chaitanya instruit Sanatana Gosvami


Le Seigneur Chaitanya visite Vrndavana


A Prayaga Il instruit Rupa Gosvami dans la science du service de dévotion


Epilogue:  La religion universelle de Sri Chaitanya Mahaprabhu

 


Retour à Puri; rencontre avec Maharaja Prataparudra;  

  Sri Chaitanya est un strict sannyasi

 

Après ce voyage au sud de l'Inde, Sri Caitanya retourne à Puri, où tous Ses dévots, languissant dans l'expectative de Son retour, retrouvent soudain la vie. Le Seigneur demeurera désormais dans cette ville, où Il dévoilera sans cesse de nouveaux Divertissements relatifs à Ses réalisations toutes spirituelles. L'événement le plus important qui survient à cette époque est l'audience qu'Il accorde au roi Prataparudra. Ce monarque, grand bhakta, se voyait comme un serviteur du Seigneur, dont il se faisait un devoir de balayer le temple; Sri Caitanya Mahaprabhu appréciait à sa haute valeur une telle soumission de la part du roi. Celui-ci avait prié Sarvabhauma Bhattacarya et Ramananda Raya de lui ménager une rencontre avec le Seigneur; pourtant, malgré la requête de Ses deux dévots et compagnons intimes, Sri Caitanya lui avait froidement refusé cette faveur. Car, Il insistait sur le péril que représente, pour un sannyasi, le fait d'entrer en rapports trop étroits avec des femmes ou êtres que préoccupent l'argent et les affaires du monde. N'oublions pas que Sri Caitanya était un parfait sannyasi. Aucune femme ne pouvait L'approcher, fût-ce pour Lui offrir ses respects.


Elles devaient toutes se tenir très éloignées du Seigneur. La raison est qu'en tant qu'acarya et maître parfait, Il voulait adhérer strictement aux moindres devoirs du sannyasi. En plus d'être un avatara, Sri Caitanya montrait un caractère d'homme idéal. Ainsi ses rapports avec autrui étaient-ils, eux-aussi, à l'abri de toute suspicion. Et en tant qu'acarya, Il était plus rude que la foudre, mais aussi plus tendre que la rose. L'un de Ses compagnons, Haridasa le jeune, commit un jour la grave faute de jeter sur une jeune femme un regard de convoitise, et le Seigneur, présent en chacun sous la forme de l'Ame Suprême, eut connaissance du désir impur habitant son mental. Aussitôt, Il le bannit de Son entourage et n'accepta jamais qu'il revienne auprès de Lui, bien qu'on L'implorât de lui pardonner. Haridasa le jeune, incapable de supporter la séparation du Seigneur, se donna la mort. Quand la nouvelle parvint jusqu'à Sri Caitanya, Il n'avait pas encore oublié son offense, et Il parla simplement d'un châtiment mérité.

Sri Caitanya Mahaprabhu n'acceptait donc aucun compromis quant aux principes et à la discipline du sannyasa, et ainsi, bien qu'Il sût que le roi Prataparudra était un grand bhakta, Il avait toujours refusé de le voir, à cause de ses activités dans le monde matériel. Le Seigneur voulait ainsi montrer le comportement idéal qui doit être adopté par le spiritualiste. Un spiritualiste doit en effet éviter tout point de contact avec l'argent et les femmes. Tout entre eux est antagoniste. Mais enfin, par l'habile entremise des compagnons du Seigneur, le roi finit par obtenir Sa faveur. Un tel fait démontre que les dévots bien-aimés du Seigneur peuvent aider le néophyte d'une manière plus libérale encore que le Seigneur Lui-même ne le ferait. C'est pourquoi un pur bhakta ne commet jamais d'offense aux pieds d'un de ses semblables. Il arrive que le Seigneur miséricordieux pardonne une offense faite à Ses pieds pareils-au-lotus, mais commettre une offense aux pieds d'un bhakta est fort périlleux pour qui désire vraiment progresser sur la voie du service de dévotion.


Des années à Puri: le festival du Ratha Yatra;  

 départ pour Vrndavana

 

Pendant les années où Sri Caitanya demeure à Puri, des milliers de fidèles viennent Le voir au cours des fêtes annuelles du ratha-yatra, où dans Sa Forme de Jagannatha, le Seigneur est promené sur un char. Dans le cadre de ces fêtes, la purification du temple Gundica sous la surveillance personnelle de Sri Caitanya représente une autre manifestation d'importance.

Le sankirtana de Caitanya à Puri offrait une scène unique aux foules assemblées. Tel est le moyen qui permet d'attirer l'attention de tous les hommes sur la réalisation spirituelle. Le Seigneur a lui-même institué ce Mouvement de sankirtana universel, et les dirigeants de tous les pays devraient profiter de cette vague spirituelle pour donner à la masse des citoyens la paix et l'harmonie sous leur forme la plus pure. N'est-ce pas ce dont le monde entier a le plus urgent besoin ?

Après quelque temps, le Seigneur quitte de nouveau Puri, cette fois pour voyager dans le nord de l'Inde et visiter Vrndavana ainsi que les lieux avoisinants. Alors qu'Il traverse les jungles de Jharikhanda, dans le Madhya Bharata, voici que tous les animaux -tigres sauvages, éléphants, ours, cerfs... -se joignent à Lui pour participer au sankirtana.

 Il prouve ainsi que par la propagation du Mouvement du sankirtana, ou glorification publique et en groupe du Seigneur Suprême par le chant de Ses Saints Noms, même les bêtes sauvages peuvent trouver la paix et l'harmonie. Que dire alors des hommes que l'on suppose déjà civilisés! Aucun homme digne de ce nom ne refusera de se joindre au Mouvement du sankirtana. Ce Mouvement n'établit aucune discrimination de race, de classe, de religion ou d'espèce. Quelle meilleure preuve que de voir le Seigneur, dans Sa grande mission, inviter même les animaux à rallier Son Mouvement ?

Au retour de Vrndavana, Sri Caitanya S'arrête d'abord à Prayaga (Allahabad), où Il rencontre Rupa Gosvami et son jeune frère Anupama. De là, Il Se rend à Bénarès, où Il enseigne la science spirituelle à Sanatana Gosvami tout au long de deux mois entiers. Ses instructions à Sanatana Gosvami constituent un long récit en elles-mêmes, qu'il serait impossible ici de présenter en détail, mais dont voici tout de même les grandes lignes.Sanatana Gosvami, précédemment connu sous le nom de Dabira Khasa, appartenait au cabinet du gouvernement du Bengale sous le régime du Nawab Husena Saha. Mais il décida de quitter son service pour se joindre au Seigneur.


Sri Chaitanya prêche à Bénarès;  

rencontre et conversation avec les sannyasis mayavadis

 

Au retour, donc, de Vrndavana, passant à Varanasi (Bénarès), Sri Caitanya devient l'hôte de Sri Tapana Misra et de Candrasekhara, qu'assiste un brahmana du Maharastra. Varanasi, à cette époque, subit l'influence d'un grand sannyasi mayavadi nommé Sripada Prakasananda Sarasvati. Cependant, une fois Sri Caitanya Mahaprabhu présent dans la ville, voici que le peuple se sent attiré vers Lui, vers Son Mouvement massif de sankirtana. Où qu'Il passe, spécialement au temple de Visvanatha, le temple de Shiva, des milliers de pèlerins Le suivent. Certains sont fascinés par Ses traits physiques, d'autres par Ses chants mélodieux à la gloire du Seigneur Suprême.

Les sannyasis mayavadis, qui de nos jours encore envahissent Bénarès, se désignent entre eux sous le nom de Narayana. Mais certains qui virent alors le Seigneur au milieu de Son groupe de sankirtana comprirent qu'Il était, Lui, Narayana en Personne, et la nouvelle en parvint au grand sannyasi Prakasananda. En Inde, il y a toujours une sorte de rivalité spirituelle entre les écoles Mayavada et Bhagavata. Ainsi, lorsque Prakasananda entendit parler de Sri Caitanya, il comprit qu'il s'agissait d'un sannyasi vaisnava, et essaya de Le rabaisser aux yeux de ceux qui venaient L'en entretenir. Il Le déprécia pour Sa propagation du Mouvement du sankirtana, qu'il considérait comme une manifestation de pure sentimentalité religieuse. Prakasananda, qui étudiait en érudit le Vedanta, conseilla à ses disciples de porter sur l'Ecrit sacré toute leur attention, sans attacher d'importance au sankirtana.

Cependant, un brahmana vaisnava, qui devait plus tard devenir un dévot de Sri Caitanya, n'avait nullement apprécié la critique de Prakasananda, et se rendit auprès du Seigneur pour Lui exprimer ses regrets. Une chose l'avait frappé: que lorsqu'il avait prononcé le Nom de Krsna devant le sannyasi Prakasananda, ce dernier avait entamé une assez violente critique; il l'avait pourtant entendu plusieurs fois prononcer le Nom de Caitanya. Le brahmana s'étonnait de constater que le sannyasi Prakasananda n'avait pu prononcer le Nom de Krsna une seule fois, bien qu'à plusieurs reprises il ait fait résonner celui de Caitanya. Sri Caitanya sourit et lui expliqua la raison pour laquelle les mayavadis ne peuvent émettre le son du Saint Nom de Krsna.

"Les mayavadis, bien qu'ils prononcent constamment les mots brahman, atma ou caitanya, n'en commettent pas moins de grandes offenses aux pieds pareils-au-lotus de Krsna, et pour cette raison, ils sont rendus incapables de seulement prononcer Son Saint Nom. Le Nom de Krsna n'est en rien différent de Sri Krsna Lui-même, le Seigneur Suprême. Dans le Royaume de l'absolu, où tout est pure félicité spirituelle, nom, forme et personne ne présentent aucune différence. Le Corps et l'Ame de la Vérité Absolue, ou Dieu, la Personne Suprême, Sri Krsna, ne font qu'Un. En cela, Il Se distingue des âmes infinitésimales, toujours différentes des corps qu'elles revêtent. A cause justement de cette position absolue de Sri Krsna, il s'avère fort difficile pour l'homme du commun de Le connaître tel qu'Il est, avec Son Saint Nom, Sa Renommée, etc. Ses Noms, Renommée, Forme et Divertissements participent tous de la même identité spirituelle et absolue, et ils ne peuvent être perçus au moyen des sens matériels.

"Les échanges spirituels qui caractérisent les Divertissements du Seigneur sont une source de félicité infiniment plus grande que la réalisation du Brahman ou l'identification de soi avec l'Absolu. S'il en était autrement, pourquoi des hommes déjà établis dans la béatitude du Brahman se seraient-ils laissés fasciner par la félicité des Divertissements du Seigneur ?"

Les dévots de Sri Caitanya organisent alors une rencontre où ils invitent tous les sannyasis, y compris le Seigneur et Prakasananda Sarasvati. Cette réunion constitue le cadre d'un long entretien entre les deux érudits, Sri Caitanya et Prakasananda, sur la valeur spirituelle du Mouvement du sankirtana, et nous en donnerons ici un bref aperçu.

Le grand sannyasi mayavadi Prakasananda s'enquiert auprès du Seigneur des raisons pour lesquelles Il préfère à l'étude du Vedanta-sutra la pratique du sankirtana. Il va du devoir de tout sannyasi, affirme-t-il, de se consacrer à l'étude du Vedanta-sutra. Pourquoi dès lors s'abandonner au sankirtana ? Le Seigneur de lui répondre très humblement: "Si à l'étude du Vedanta J'ai préféré le sankirtana, c'est que J'ai fort peu d'intelligence." Sri Caitanya Se donne ainsi comme le modèle des multitudes obtuses qui peuplent cet âge, définitivement incapables d'étudier la philosophie du Vedanta. Les sots qui en font tout de même la tentative ne parviennent qu'à jeter la société entière dans le chaos. "Et à cause de Ma piètre intelligence, poursuit le Seigneur, Mon maître spirituel M'a défendu de jongler avec la philosophie du Vedanta. Mieux vaut, M'a-t-il dit, chanter les Saints Noms du Seigneur, car Je pourrais ainsi M'affranchir des chaînes de la matière."

"En cet âge de Kali, point d'autre religion que la glorification du Seigneur par le chant ou la récitation de Ses Saints Noms. Telle est l'enseignement de tous les Ecrits révélés. Par ailleurs, Mon maître spirituel M'a fait connaître un verset du Bṛhan-nāradīya Purāṇa:


harer nāma harer nāma harer nāmaiva kevalam
 kalau nāsty eva nāsty eva nāsty eva gatir anyathā
 


 "Chante les Saints Noms, chante les Saints Noms, chante les Saints Noms du Seigneur, car en cette ère de discorde et d'hypocrisie, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen pour atteindre la libération."

Ainsi, sur l'ordre de Mon maître spirituel, Je Me suis mis à chanter les Saints Noms de Hari, et maintenant, Je ne puis plus M'arrêter. Chaque fois que Je prononce les Saints Noms, Je M'oublie, et Je commence à rire, à pleurer et à danser, comme si J'avais perdu la raison. Je croyais même que ce chant M'avait rendu fou, et J'en ai parlé à Mon maître spirituel. Mais il M'apprit que tels étaient les effets attendus du chant des Saints Noms, qui a le pouvoir d'engendrer des émotions spirituelles rares. Il constitue le signe de l'amour pour Dieu, qui est le but ultime de l'existence. Cet amour de Dieu dépasse la libération (mukti), et pour cette raison, on dit qu'il représente le sommet de la réalisation spirituelle, le cinquième degré de perfectionnement (Au-delà de la piété, de l'acquisition de richesses, de la satisfaction des sens et de la libération.). Le chant des Saints Noms de Krsna permet d'atteindre cet amour de Dieu, et c'est une grande bénédiction pour Moi que d'avoir reçu cette faveur sans prix."

Après avoir entendu ces déclarations, le sannyasi mayavadi demande malgré tout au Seigneur quel mal il peut y avoir à étudier le Vedanta, si l'on chante également les Saints Noms. En réalité, Prakasananda Sarasvati sait fort bien que Sri Caitanya était auparavant connu sous le nom de Nimai Pandita, qu'Il était un célèbre érudit de Navadvipa, et il pense que le Seigneur doit sûrement poursuivre quelque dessein en Se déclarant ainsi dénué d'intelligence. Le Seigneur sourit alors et dit: "Si vous daignez Me le permettre, J'aimerais donner une réponse à votre question."

Tous les sannyasis, enchantés par l'attitude humble et droite de Caitanya, Lui laissèrent entendre que quoi qu'Il puisse leur dire, ils n'en seraient offensés d'aucune manière. Alors, le Seigneur S'adresse à eux dans ces termes: "Le Vedanta-sütra se constitue de mots, ou sons, purement spirituels, émis par Dieu, la Personne Suprême et Absolue. Ainsi, le Vedanta ne saurait comporter aucune des faiblesses ou imperfections humaines.  Le Vedanta-sutra transporte le message des Upanisads, et la transmission directe à son tour de l'enseignement qu'il renferme doit certes être glorifiée. D'autre part, les interprétations divergentes qu'en a données Sankaracarya n'éclairent nullement la teneur réelle du sutra (verset court), et par suite, elles ne peuvent être que destructives et néfastes.

"Le mot Brahman désigne le plus grand de tous les êtres, supérieur à tous, Maître de toutes les perfections absolues. En dernière analyse, Brahman n'est nul autre que le Seigneur Suprême, Dieu, mais on Le voile d'interprétations obliques, on tente ainsi d'établir qu'Il est de nature impersonnelle. Tout ce qui existe dans le monde spirituel, qu'il s'agisse de la Forme, du Corps, de la Demeure ou de l'Entourage du Seigneur, tout déborde de félicité absolue. Tous les êtres y jouissent de la connaissance et du bonheur éternels. Acarya Sankara n'est pas à blâmer pour son interprétation du Vedanta, mais quiconque accepte son exégèse est égaré sans recours, car quiconque considère le Corps spirituel et absolu du Seigneur Suprême comme une chose matérielle se rend par là même coupable du plus grand des blasphèmes."

 

Conversion des sannyasis mayavadis

 

 On voit que les propos du Seigneur en cette occasion ressemblent beaucoup à ceux de Puri, dans Ses échanges avec le Bhattacarya. Ainsi, par Ses arguments sans réplique, Il réduit une fois de plus à néant les interprétations mayavadis du Vedanta-sutra. Tous les sannyasis assemblés là déclarent alors que Sri Caitanya est la personnification même des Vedas, le Seigneur Suprême en Personne. Tous se convertissent aussitôt à la bhakti et acceptent dès lors le Saint Nom de Sri Krsna, après quoi ils partagent leur repas avec le Seigneur, qui siège au milieu d'eux.

Après la conversion des sannyasis mayavadis, la popularité de Sri Caitanya à Varanasi ne fait que s'accroître, et des milliers de gens s'assemblent pour Le voir en Personne. Ainsi le Seigneur établit-Il l'importance primordiale du srimad-bhagavata-dharma et balaie-t-Il tous les autres systèmes de réalisation spirituelle. A partir de ce jour, tout Varanasi fut inondé par le Mouvement sublime du sankirtana.



Sri Chaitanya instruit Sanatana Gosvami

 

 

Durant le séjour du Seigneur à Varanasi, Sanatana Gosvami arrive également dans la ville, tout juste après avoir abandonné ses fonctions. Il était, nous l'avons vu, ministre d'Etat au sein du gouvernement du Bengale, alors sous le régime du Nawab Husena Saha. Il avait eu quelque mal à se libérer de ses fonctions, car le Nawab montrait la plus grande réticence à se séparer d'un aide aussi précieux. Néanmoins, il parvient à s'affranchir et se rend à Varanasi, où Sri Caitanya va lui enseigner les principes du service de dévotion. Le Seigneur lui fera connaître la condition originelle, naturelle et éternelle des êtres distincts, la cause de leur asservissement par la matière, leur relation éternelle, leur union avec le Seigneur Suprême; la position spirituelle et absolue de Dieu, la Personne Suprême, Ses différentes manifestations et émanations, ou avataras, Sa domination des différentes parties de l'Univers, la nature de Sa Demeure spirituelle; l'éventail des activités dévotionnelles et leurs divers degrés de développement, les principes régulateurs qui permettent de s'élever graduellement vers la perfection spirituelle; les signes à quoi reconnaître les différents avatâras apparaissant en divers âges, ou ères, et le moyen de les identifier en s'appuyant sur les informations que donnent à ce sujet les Textes révélés. Les enseignements du Seigneur à Sanatana Gosvami constituent un chapitre important du Sri Caitanya-caritamrta, et leur explication demanderait à elle seule un livre entier. Nous préférons donc renvoyer le lecteur à un autre de nos ouvrages, aux chapitres 3 à 14 de L'Enseignement de Sri Caitanya Mahaprabhu, où il en trouvera le détail.



Le Seigneur Chaitanya visite Vrndavana

 

  Parvenu, dans son voyage, à Mathura, le Seigneur visite tous les endroits importants de pèlerinage, et de là Se rend à Vrndavana. Sri Caitanya était apparu dans la famille d'un brahmana de classe très élevée, et de plus, en tant que sannyasi, Il était un précepteur et maître pour tous les varnas et asramas. Mais Il n'en acceptait pas moins les repas que lui offraient tous les vaisnavas, quelle que fût leur origine sociale. A Mathura, par exemple, les brahmanas de Sanodiya passaient pour peu élevés dans la hiérarchie sociale, mais le  Seigneur accepta pourtant de partager leurs repas, surtout à cause du fait que Son hôte était un disciple de la famille de Madhavendra Puri. A Vrndavana, Sri Caitanya Se baigne en vingt-quatre ghatas, ou lieux de bain, importants, et Il voyage à travers les douze forêts (vanas). Il y est accueilli par tous les oiseaux et les vaches comme par des amis de longue date. Puis le Seigneur étreint les arbres de ces forêts, geste par lequel Il ressent tous les symptômes de l'extase spirituelle. Parfois, Il perd conscience, mais on Lui fait alors retrouver Ses esprits en chantant les Saints Noms de Krsna. En vérité, toutes les manifestations spirituelles visibles sur le Corps du Seigneur lors de Son séjour dans les forêts de Vrndavana sont uniques et inexplicables; c'est pourquoi nous n'en donnons ici qu'un bref aperçu.

A Vrndavana, Sri Caitanya visite plusieurs endroits importants, parmi lesquels Kāmyavana, Ādīśvara, Pāvana-sarovara, Khadiravana, Śeṣaśāyī, Khela-tīrtha, Bhāṇḍīravana, Bhadravana, Śrīvana, Lauhavana, Mahāvana, Gokula, Kāliya-hrada, Dvādaśāditya, Keśī-tīrtha, etc...  Lorsqu'Il vit l'endroit où avait eu lieu la danse rāsa (rasa-lila), Il entra aussitôt dans une grande extase. Tout au long de Son séjour à Vṛndāvana, Il demeurait à Akrūra-ghāṭa.

Puis, de Vrndavana, Son serviteur personnel, Krsnadasa Vipra, l'incite à regagner Prayāga dans le but d'y prendre un bain purificatoire à l'occasion du Māgha-mela, une célébration religieuse annuelle. Sur le chemin de Prayāga, ils rencontrent quelques Pāthānas (musulmans), parmi lesquels se trouve un Maulana érudit. Sri Caitanya s'entretient alors pendant quelque temps avec le Maulana et ses compagnons et finit par les convaincre de ce que le Coran parle lui aussi du bhagavata-dharma et de Krsna. Tous se convertissent au service de dévotion.



A Prayaga Il instruit Rupa Gosvami  

  sur la science du service de dévotion

 

Arrivé à Prayaga (Allahabad) , Sri Caitanya rencontre Srila Rupa Gosvami et son plus jeune frère près du temple de Bindu-Madhava. Cette fois, le Seigneur reçoit un accueil plus digne de la part des habitants de Prayaga. De même, Vallabha Bhatta, qui réside à

Adaila, un village situé sur la rive opposée de Prayaga, invite le Seigneur à Se rendre chez lui, mais en cours de route, Celui-ci Se jette dans la rivière Yamuna, et c'est à grand peine qu'on L'en tire, inconscient. Nonobstant, Sri Caitanya finit par atteindre la demeure de Vallabha Bhatta, qui est un de Ses principaux admirateurs, quoiqu'il instituera plus tard son propre groupe, sa propre lignée, la Vallabha-sampradaya.

Sur la rive du Daśāśvamedha-ghāṭa, à Prayaga, Sri Caitanya instruit Rupa Gosvami dans la science du service de dévotion durant dix jours entiers. Au bénéfice de Rupa Gosvami, Il analyse alors les 8 400 000 espèces vivantes, et, plus en détail, les divisions de l'espèce humaine; Il distingue en particulier ceux qui adhèrent aux principes védiques, et parmi eux, les êtres qui agissent en vue des fruits de leurs actes, puis les empiristes, enfin les âmes libérées. C'est à ce moment qu'Il déclarera qu'en fait, les purs dévots de Sri Krsna sont très rares.

Srila Rupa Gosvami est le frère cadet de Sanatana Gosvami. Lorsqu'il quitte son poste au gouvernement, il emporte avec lui deux barques remplies de pièces d'or, des centaines de milliers de roupies amassées dans l'exercice de ses fonctions. Mais avant d'abandonner son foyer pour rejoindre Sri Caitanya Mahaprabhu, il divise ses richesses comme suit: la moitié pour le service du Seigneur, un quart pour ses proches et un quart pour ses besoins personnels en cas de nécessité. Il donne ainsi l'exemple parfait de la conduite que doit adopter tout grhastha.

Sri Caitanya lui enseigne donc la science du service de dévotion, comparant ce dernier à une plante. Il conseille au Gosvami de protéger avec grand soin cette plante de la bhakti contre l'éléphant en furie qu'est une offense commise à l'endroit d'un pur dévot du Seigneur. Il faut encore, ajoute-t-il, la protéger contre les désirs de jouissance matérielle, de libération moniste et de perfection yogique (par le hatha-yoga), car toutes ces entreprises sont nuisibles au développement du service de dévotion. De même, la violence envers les êtres vivants, la soif du gain, des honneurs et de la renommée matérielles représentent toutes autant d'obstacles sur la voie de la bhakti, ou bhagavata-dharma. Le service de dévotion pur doit être libre de tout désir pour le plaisir des sens, et il doit encore être dénué d'aspirations aux fruits des actes, comme de tout effort orienté vers l'acquisition de connaissances monistes. Il faut également s'affranchir de toutes désignations matérielles, et alors seulement, une fois établi de la sorte dans la pureté spirituelle et absolue, pourra-t-on servir le Seigneur, avec des sens entièrement purifiés. Aussi longtemps que subsiste le moindre désir de jouir par les sens, de ne plus faire qu'Un avec l'Absolu ou d'acquérir des pouvoirs yogiques, il ne saurait être question d'atteindre au service de dévotion pur.

Le service de dévotion s'accomplit en deux phases: d'abord sous forme d'apprentissage, puis d'une manière plus spontanée, motivée par des sentiments plus profonds. Lorsqu'on atteint ce niveau d'émotion spontanée, on peut encore progresser sur la voie, en développant un attachement pour le Seigneur, puis des sentiments plus vifs, de l'amour, et parcourir nombre d'étapes toujours plus élevées de l'ascension vers la perfection dévotionnelle, qu'aucun mot français ne saurait traduire. Nous avons par ailleurs tenté de développer la science du service de dévotion dans un ouvrage intitulé Le Nectar de la Dévotion, basé sur le Bhakti-rasamrta-sindhu de Rupa Gosvami, qui fait grande autorité en la matière.

Le pur service de dévotion se manifeste en cinq degrés d'échanges. 1) L'état de réalisation spirituelle suivant la libération de l'esclavage matériel correspond à un échange qu'on peut qualifier de neutre (santa). 2) A partir de là, lorsqu'il a développé en lui la connaissance sublime des perfections internes du Seigneur, le bhakta peut gagner le niveau d'échange actif qu'on nomme dasya. 3) Sur cette nouvelle base, le bhakta peut développer un sentiment de fraternité respectueuse envers le Seigneur, puis, au-delà, d'amitié, où il commence de considérer le Seigneur comme son égal. Ces deux étapes sont nommées sakhya, ou service de dévotion dans l'amitié. 4) Au-delà se trouve encore le niveau de l'affection parentale pour le Seigneur, et on nomme cet échange du nom de vatsalya. 5) Et enfin, le niveau des sentiments amoureux, ou madhurya, qu'on qualifie du plus haut degré de l'amour de Dieu, bien que sur le plan qualitatif il n'existe aucune différence entre les cinq niveaux d'échange décrits dans ces lignes.

Sri Caitanya donne à Rupa Gosvami ces enseignements sur la science dévotionnelle (voir pour de plus amples détails sur son enseignement le Premier chapitre de l'Enseignement du Seigneur Chaitanya ) puis l'envoie à Vrndavana redécouvrir les lieux, depuis longtemps oubliés, où se sont déroulés les Divertissements sublimes du Seigneur, Sri Krsna. Après quoi Sri Caitanya retourne à Varanasi, où Il délivre les sannyasis mayavadis puis instruit le frère aîné de Rupa Gosvami, mais nous avons déjà parlé de ces faits.



Epilogue:

La religion universelle

 

Sri Caitanya Mahaprabhu ne laisse, pour tout enseignement écrit, que huit versets (slokas), connus sous le nom de Siksastaka. Tous les autres écrits traitant du culte divin qu'Il enseigna sont dus à la plume des principaux disciples du Seigneur, les six Gosvamis de Vrndavana, et de leurs propres successeurs. La philosophie de Sri Caitanya Mahaprabhu est de loin la plus féconde, et il faut y reconnaître le point de vue spirituel le plus vivant aujourd'hui, doué du pouvoir de se répandre en tant que le visva-dharma, ou la religion universelle. Notre bonheur est que des sages animés d'un grand enthousiasme, tel Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Maharaja et ses disciples, aient pris déjà la peine de développer le sujet comme il le mérite. Quant à nous, l'attente ardente de voir les jours heureux où règnera le bhagavata-dharma, ou prema-dharma, institué par Sri Caitanya Mahaprabhu, nous occupe tout entier.

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