La Vie et l'Enseignement
de
Sri Chaitanya Mahaprabhu
par Sa Divine Grâce
AC BHAKTIVEDANTA SWAMI
PRABHUPADA
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Quatrième Partie
Retour à Puri; rencontre avec Maharaja Prataparudra ; Sri Chaitanya est un strict sannyasi
Des années à Puri: le festival du Ratha Yatra; départ pour
Vrndavana
Sri Chaitanya prêche à Bénarès; rencontre et conversation avec
les sannyasis mayavadis
Conversion des sannyasis mayavadis.
Sri Chaitanya instruit Sanatana
Gosvami
Le Seigneur Chaitanya visite Vrndavana
A Prayaga Il instruit Rupa Gosvami dans la science du service de
dévotion
Epilogue: La religion universelle de Sri Chaitanya Mahaprabhu
Retour à Puri; rencontre avec Maharaja Prataparudra;
Sri Chaitanya est un strict sannyasi
Après ce voyage au sud de l'Inde, Sri Caitanya retourne à Puri, où tous Ses dévots,
languissant dans l'expectative de Son retour, retrouvent soudain la vie. Le Seigneur demeurera désormais dans cette ville, où Il dévoilera sans cesse de nouveaux Divertissements relatifs à Ses
réalisations toutes spirituelles. L'événement le plus important qui survient à cette époque est l'audience qu'Il accorde au roi Prataparudra. Ce monarque, grand bhakta, se voyait comme un
serviteur du Seigneur, dont il se faisait un devoir de balayer le temple; Sri Caitanya Mahaprabhu appréciait à sa haute valeur une telle soumission de la part du roi. Celui-ci avait prié
Sarvabhauma Bhattacarya et Ramananda Raya de lui ménager une rencontre avec le Seigneur; pourtant, malgré la requête de Ses deux dévots et compagnons intimes, Sri Caitanya lui avait froidement
refusé cette faveur. Car, Il insistait sur le péril que représente, pour un sannyasi, le fait d'entrer en rapports trop étroits avec des femmes ou êtres que préoccupent l'argent et les affaires
du monde. N'oublions pas que Sri Caitanya était un parfait sannyasi. Aucune femme ne pouvait L'approcher, fût-ce pour Lui offrir ses respects.
Sri Caitanya Mahaprabhu n'acceptait donc aucun compromis quant aux principes et à la discipline du sannyasa, et ainsi, bien
qu'Il sût que le roi Prataparudra était un grand bhakta, Il avait toujours refusé de le voir, à cause de ses activités dans le monde matériel. Le Seigneur voulait ainsi montrer le comportement idéal qui doit
être adopté par le spiritualiste. Un spiritualiste doit en effet éviter tout point de contact avec l'argent et les femmes. Tout entre eux est antagoniste. Mais enfin, par l'habile entremise des
compagnons du Seigneur, le roi finit par obtenir Sa faveur. Un tel fait démontre que les dévots bien-aimés du Seigneur peuvent aider le néophyte d'une manière plus libérale encore que le Seigneur
Lui-même ne le ferait. C'est pourquoi un pur bhakta ne commet jamais d'offense aux pieds d'un de ses semblables. Il arrive que le Seigneur miséricordieux pardonne une offense faite à Ses pieds
pareils-au-lotus, mais commettre une offense aux pieds d'un bhakta est fort périlleux pour qui désire vraiment progresser sur la voie du service de dévotion.
Des années à Puri: le festival du Ratha
Yatra;
départ pour Vrndavana
Après quelque temps, le Seigneur quitte de nouveau Puri, cette fois pour voyager dans le nord de l'Inde et visiter Vrndavana ainsi que les lieux avoisinants. Alors qu'Il traverse les jungles
de Jharikhanda, dans le Madhya Bharata, voici que tous les animaux -tigres sauvages, éléphants, ours, cerfs... -se joignent à Lui pour participer au sankirtana.
Il prouve ainsi que par la propagation du Mouvement du sankirtana, ou glorification publique et en groupe du Seigneur Suprême par le chant de Ses Saints Noms, même les bêtes sauvages
peuvent trouver la paix et l'harmonie. Que dire alors des hommes que l'on suppose déjà civilisés! Aucun homme digne de ce nom ne refusera de se joindre au Mouvement du sankirtana. Ce Mouvement
n'établit aucune discrimination de race, de classe, de religion ou d'espèce. Quelle meilleure preuve que de voir le Seigneur, dans Sa grande mission, inviter même les animaux à rallier Son
Mouvement ?
Au retour de Vrndavana, Sri Caitanya S'arrête d'abord à Prayaga (Allahabad), où Il rencontre Rupa Gosvami et son jeune frère Anupama. De là, Il Se rend à Bénarès, où Il enseigne la science spirituelle à Sanatana Gosvami tout au long de deux mois entiers. Ses instructions à Sanatana Gosvami constituent un long récit en elles-mêmes, qu'il serait impossible ici de présenter en détail, mais dont voici tout de même les grandes lignes.Sanatana Gosvami, précédemment connu sous le nom de Dabira Khasa, appartenait au cabinet du gouvernement du Bengale sous le régime du Nawab Husena Saha. Mais il décida de quitter son service pour se joindre au Seigneur.
Sri Chaitanya prêche à
Bénarès;
rencontre et conversation avec les sannyasis mayavadis
Au retour, donc, de Vrndavana, passant à Varanasi (Bénarès), Sri Caitanya devient l'hôte de Sri Tapana Misra et de Candrasekhara, qu'assiste un brahmana du Maharastra. Varanasi, à cette époque, subit l'influence d'un grand sannyasi mayavadi nommé Sripada Prakasananda Sarasvati. Cependant, une fois Sri Caitanya Mahaprabhu présent dans la ville, voici que le peuple se sent attiré vers Lui, vers Son Mouvement massif de sankirtana. Où qu'Il passe, spécialement au temple de Visvanatha, le temple de Shiva, des milliers de pèlerins Le suivent. Certains sont fascinés par Ses traits physiques, d'autres par Ses chants mélodieux à la gloire du Seigneur Suprême.
Les sannyasis mayavadis, qui de nos
jours encore envahissent Bénarès, se désignent entre eux sous le nom de Narayana. Mais certains qui virent
alors le Seigneur au milieu de Son groupe de sankirtana comprirent qu'Il était, Lui, Narayana en Personne, et la nouvelle en parvint au grand sannyasi Prakasananda. En Inde, il y a toujours une
sorte de rivalité spirituelle entre les écoles Mayavada et Bhagavata. Ainsi, lorsque Prakasananda entendit parler de Sri Caitanya, il comprit qu'il s'agissait d'un sannyasi vaisnava, et essaya de Le
rabaisser aux yeux de ceux qui venaient L'en entretenir. Il Le déprécia pour Sa propagation du Mouvement du sankirtana, qu'il considérait comme une manifestation de pure sentimentalité
religieuse. Prakasananda, qui étudiait en érudit le Vedanta, conseilla à ses disciples de porter sur l'Ecrit sacré toute leur attention, sans attacher d'importance au sankirtana.
Cependant, un brahmana vaisnava, qui devait plus tard devenir un dévot de Sri Caitanya, n'avait nullement apprécié la critique de Prakasananda, et se rendit auprès du Seigneur pour Lui exprimer
ses regrets. Une chose l'avait frappé: que lorsqu'il avait prononcé le Nom de Krsna devant le sannyasi Prakasananda, ce dernier avait entamé une assez violente critique; il l'avait pourtant
entendu plusieurs fois prononcer le Nom de Caitanya. Le brahmana s'étonnait de constater que le sannyasi Prakasananda n'avait pu prononcer le Nom de Krsna une seule fois, bien qu'à plusieurs
reprises il ait fait résonner celui de Caitanya. Sri Caitanya sourit et lui expliqua la raison pour laquelle les mayavadis ne peuvent émettre le son du Saint Nom de Krsna.
"Les mayavadis, bien qu'ils prononcent constamment les mots brahman, atma ou caitanya, n'en commettent pas moins de grandes offenses aux pieds pareils-au-lotus de Krsna, et pour cette raison, ils sont rendus incapables de seulement prononcer Son Saint Nom. Le Nom de Krsna
n'est en rien différent de Sri Krsna Lui-même, le Seigneur Suprême. Dans le Royaume de l'absolu, où tout est pure félicité spirituelle, nom, forme et personne ne présentent aucune différence. Le
Corps et l'Ame de la Vérité Absolue, ou Dieu, la Personne Suprême, Sri Krsna, ne font qu'Un. En cela, Il Se distingue des âmes infinitésimales, toujours différentes des corps qu'elles revêtent. A
cause justement de cette position absolue de Sri Krsna, il s'avère fort difficile pour l'homme du commun de Le connaître tel qu'Il est, avec Son Saint Nom, Sa Renommée, etc. Ses Noms, Renommée,
Forme et Divertissements participent tous de la même identité spirituelle et absolue, et ils ne peuvent être perçus au moyen des sens matériels.
"Les échanges spirituels qui caractérisent les Divertissements du Seigneur sont une source de félicité infiniment plus grande
que la réalisation du Brahman ou l'identification de soi avec l'Absolu. S'il en était autrement, pourquoi des hommes déjà établis dans la
béatitude du Brahman se seraient-ils laissés fasciner par la félicité des Divertissements du Seigneur ?"
Le grand sannyasi mayavadi Prakasananda s'enquiert auprès du Seigneur des raisons pour lesquelles Il préfère à l'étude du
Vedanta-sutra la pratique du sankirtana. Il va du devoir de tout sannyasi, affirme-t-il, de se consacrer à l'étude du Vedanta-sutra. Pourquoi dès lors s'abandonner au sankirtana ? Le
Seigneur de lui répondre très humblement: "Si à l'étude du Vedanta J'ai préféré le sankirtana, c'est que J'ai fort peu d'intelligence." Sri Caitanya Se donne ainsi comme le modèle des
multitudes obtuses qui peuplent cet âge, définitivement incapables d'étudier la philosophie du Vedanta. Les sots qui en font tout de même la tentative ne parviennent qu'à jeter la
société entière dans le chaos. "Et à cause de Ma piètre intelligence, poursuit le Seigneur, Mon maître spirituel M'a défendu de jongler avec la philosophie du Vedanta. Mieux vaut, M'a-t-il
dit, chanter les Saints Noms du Seigneur, car Je pourrais ainsi M'affranchir des chaînes de la matière."
"En cet âge de Kali, point d'autre religion que la glorification du Seigneur par le
chant ou la récitation de Ses Saints Noms. Telle est l'enseignement de tous les Ecrits révélés. Par ailleurs, Mon maître spirituel M'a fait connaître un verset du Bṛhan-nāradīya Purāṇa:
harer nāma harer nāma harer nāmaiva kevalam
kalau nāsty eva nāsty eva nāsty eva gatir anyathā
"Chante les Saints Noms, chante les Saints Noms,
chante les Saints Noms du Seigneur, car en cette ère de discorde et d'hypocrisie, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen pour atteindre la
libération."
Ainsi, sur l'ordre de Mon maître spirituel, Je Me suis mis à chanter les Saints Noms de Hari, et maintenant, Je ne puis plus M'arrêter. Chaque
fois que Je prononce les Saints Noms, Je M'oublie, et Je commence à rire, à pleurer et à danser, comme si J'avais perdu la raison. Je croyais même que ce chant M'avait rendu fou, et J'en ai parlé
à Mon maître spirituel. Mais il M'apprit que tels étaient les effets attendus du chant des Saints Noms, qui a le pouvoir d'engendrer des émotions spirituelles rares. Il constitue le signe de
l'amour pour Dieu, qui est le but ultime de l'existence. Cet amour de Dieu dépasse la libération (mukti), et pour cette raison, on dit qu'il représente le sommet de la réalisation
spirituelle, le cinquième degré de perfectionnement (Au-delà de la piété, de l'acquisition de richesses, de la satisfaction des sens et de la libération.). Le chant des Saints Noms de Krsna
permet d'atteindre cet amour de Dieu, et c'est une grande bénédiction pour Moi que d'avoir reçu cette faveur sans prix."
Après avoir entendu ces déclarations, le sannyasi mayavadi demande malgré tout au Seigneur quel mal il peut y avoir à étudier le
Vedanta, si l'on chante également les Saints Noms. En réalité, Prakasananda Sarasvati sait fort bien que Sri Caitanya était auparavant connu sous le nom de Nimai Pandita, qu'Il était un
célèbre érudit de Navadvipa, et il pense que le Seigneur doit sûrement poursuivre quelque dessein en Se déclarant ainsi dénué d'intelligence. Le Seigneur sourit alors et dit: "Si vous daignez
Me le permettre, J'aimerais donner une réponse à votre question."
Tous les sannyasis, enchantés par l'attitude humble et droite de Caitanya, Lui laissèrent entendre que quoi qu'Il puisse leur
dire, ils n'en seraient offensés d'aucune manière. Alors, le Seigneur S'adresse à eux dans ces termes: "Le Vedanta-sütra se constitue de mots, ou sons, purement spirituels, émis par Dieu, la
Personne Suprême et Absolue. Ainsi, le Vedanta ne saurait comporter aucune des faiblesses ou imperfections humaines.
Le Vedanta-sutra transporte le message des Upanisads, et la transmission directe à son tour de l'enseignement qu'il renferme doit certes être glorifiée. D'autre part, les interprétations divergentes
qu'en a données Sankaracarya
n'éclairent nullement la teneur réelle du sutra (verset court), et par suite, elles ne peuvent être que destructives et néfastes.
"Le mot Brahman désigne le plus grand de tous les êtres, supérieur à tous, Maître de toutes les
perfections absolues. En dernière analyse, Brahman n'est nul autre que le Seigneur Suprême, Dieu, mais on Le voile d'interprétations obliques, on tente ainsi d'établir qu'Il est de nature
impersonnelle. Tout ce qui existe dans le monde spirituel, qu'il s'agisse de la Forme, du Corps, de la Demeure ou de l'Entourage du Seigneur, tout déborde de félicité absolue. Tous les êtres y
jouissent de la connaissance et du bonheur éternels. Acarya Sankara n'est pas à blâmer pour son interprétation du Vedanta, mais quiconque accepte son exégèse est égaré sans recours, car quiconque
considère le Corps spirituel et absolu du Seigneur Suprême comme une chose matérielle se rend par là même coupable du plus grand des blasphèmes."
Conversion des sannyasis mayavadis
On voit que les propos du Seigneur en cette occasion ressemblent beaucoup à ceux de Puri, dans Ses échanges avec le Bhattacarya. Ainsi, par Ses arguments sans réplique, Il réduit une fois de plus à néant les interprétations mayavadis du Vedanta-sutra. Tous les sannyasis assemblés là déclarent alors que Sri Caitanya est la personnification même des Vedas, le Seigneur Suprême en Personne. Tous se convertissent aussitôt à la bhakti et acceptent dès lors le Saint Nom de Sri Krsna, après quoi ils partagent leur repas avec le Seigneur, qui siège au milieu d'eux.
Après la conversion des sannyasis mayavadis, la popularité de Sri Caitanya à Varanasi ne fait que s'accroître, et des milliers
de gens s'assemblent pour Le voir en Personne. Ainsi le Seigneur établit-Il l'importance primordiale du srimad-bhagavata-dharma
et balaie-t-Il tous les autres systèmes de réalisation spirituelle. A partir de ce jour, tout Varanasi fut inondé par le Mouvement sublime du sankirtana.
Sri Chaitanya instruit Sanatana Gosvami
Le Seigneur Chaitanya visite Vrndavana
Parvenu, dans son voyage, à Mathura, le Seigneur visite tous les endroits importants de pèlerinage, et de là Se rend à
Vrndavana. Sri Caitanya était apparu dans la famille d'un brahmana de classe très élevée, et de plus, en tant que sannyasi, Il était un précepteur et maître pour tous les varnas et asramas. Mais
Il n'en acceptait pas moins les repas que lui offr
aient tous les vaisnavas, quelle que fût leur origine sociale. A Mathura, par exemple, les brahmanas de Sanodiya passaient pour peu élevés dans la hiérarchie sociale, mais
le Seigneur accepta pourtant de partager leurs repas, surtout à cause du fait que Son hôte était un disciple de la
famille de Madhavendra Puri. A Vrndavana, Sri Caitanya Se baigne en vingt-quatre ghatas, ou lieux de bain, importants, et Il voyage à travers les douze forêts
(vanas). Il y est accueilli par tous les oiseaux et les vaches comme par des amis de longue date. Puis le Seigneur étreint les arbres de ces forêts, geste par lequel Il ressent tous les
symptômes de l'extase spirituelle. Parfois, Il perd conscience, mais on Lui fait alors retrouver Ses esprits en chantant les Saints Noms de Krsna. En vérité, toutes les manifestations
spirituelles visibles sur le Corps du Seigneur lors de Son séjour dans les forêts de Vrndavana sont uniques et inexplicables; c'est pourquoi nous n'en donnons ici qu'un bref aperçu.
A Vrndavana, Sri Caitanya visite plusieurs endroits importants, parmi lesquels Kāmyavana, Ādīśvara, Pāvana-sarovara, Khadiravana, Śeṣaśāyī, Khela-tīrtha, Bhāṇḍīravana, Bhadravana, Śrīvana, Lauhavana, Mahāvana, Gokula, Kāliya-hrada, Dvādaśāditya, Keśī-tīrtha, etc... Lorsqu'Il vit l'endroit où avait eu lieu la danse rāsa (rasa-lila), Il entra aussitôt dans une grande extase. Tout au long de Son séjour à Vṛndāvana, Il demeurait à Akrūra-ghāṭa.
Puis, de Vrndavana, Son serviteur personnel, Krsnadasa Vipra, l'incite à regagner Prayāga dans le but d'y prendre un bain
purificatoire à l'occasion du Māgha-mela, une célébration religieuse annuelle. Sur le chemin de Prayāga, ils rencontrent quelques Pāthānas (musulmans), parmi lesquels se trouve un
Maulana érudit. Sri Caitanya s'entretient alors pendant quelque temps avec le Maulana et ses compagnons et
finit par les convaincre de ce que le Coran parle lui aussi du bhagavata-dharma et de Krsna. Tous se
convertissent au service de dévotion.
A Prayaga Il instruit Rupa
Gosvami
sur la science du service de dévotion
Arrivé à Prayaga (Allahabad) , Sri
Caitanya rencontre Srila Rupa Gosvami et son plus jeune frère près du temple de Bindu-Madhava. Cette fois, le Seigneur reçoit un accueil plus digne de la part des habitants de Prayaga. De même,
Vallabha Bhatta, qui réside à
Sur la rive du Daśāśvamedha-ghāṭa, à Prayaga, Sri Caitanya instruit Rupa Gosvami dans la
science du service de dévotion durant dix jours entiers. Au bénéfice de Rupa Gosvami, Il analyse alors les 8 400 000 espèces vivantes, et, plus en détail, les divisions de l'espèce humaine; Il
distingue en particulier ceux qui adhèrent aux principes védiques, et parmi eux, les êtres qui agissent en vue des fruits de leurs actes, puis les empiristes, enfin les âmes libérées. C'est à ce
moment qu'Il déclarera qu'en fait, les purs dévots de Sri Krsna sont très rares.
Srila Rupa Gosvami est le frère cadet de Sanatana Gosvami. Lorsqu'il quitte son poste au gouvernement, il emporte avec lui deux
barques remplies de pièces d'or, des centaines de milliers de roupies amassées dans l'exercice de ses fonctions. Mais avant d'abandonner son foyer pour rejoindre Sri Caitanya Mahaprabhu, il
divise ses richesses comme suit: la moitié pour le service du Seigneur, un quart pour ses proches et un quart pour ses besoins personnels en cas de nécessité. Il donne ainsi l'exemple parfait de
la conduite que doit adopter tout grhastha.
Sri Caitanya lui enseigne donc la science du service de dévotion, comparant ce dernier à une plante. Il conseille au Gosvami de
protéger avec grand soin cette plante de la bhakti contre l'éléphant en furie qu'est une offense commise à l'endroit d'un pur dévot du Seigneur. Il faut encore, ajoute-t-il, la protéger contre
les désirs de jouissance matérielle, de libération moniste et de perfection yogique (par le hatha-yoga), car toutes ces entreprises sont nuisibles au développement du service de
dévotion. De même, la violence envers les êtres vivants, la soif du gain, des honneurs et de la renommée matérielles représentent toutes autant d'obstacles sur la voie de la bhakti, ou
bhagavata-dharma. Le service de dévotion pur doit être libre de tout désir pour le plaisir des sens, et il doit encore être dénué d'aspirations aux fruits des actes, comme de tout effort
orienté vers l'acquisition de connaissances monistes. Il faut également s'affranchir de toutes désignations matérielles, et alors seulement, une fois établi de la sorte dans la pureté spirituelle
et absolue, pourra-t-on servir le Seigneur, avec des sens entièrement purifiés. Aussi longtemps que subsiste le moindre désir de jouir par les sens, de ne plus faire qu'Un avec l'Absolu ou
d'acquérir des pouvoirs yogiques, il ne saurait être question d'atteindre au service de dévotion pur.
Le service de dévotion s'accomplit en deux phases: d'abord sous forme d'apprentissage, puis d'une manière plus spontanée,
motivée par des sentiments plus profonds. Lorsqu'on atteint ce niveau d'émotion spontanée, on peut encore progresser sur la voie, en développant un attachement pour le Seigneur, puis des
sentiments plus vifs, de l'amour, et parcourir nombre d'étapes toujours plus élevées de l'ascension vers la perfection dévotionnelle, qu'aucun mot français ne saurait traduire. Nous avons par
ailleurs tenté de développer la science du service de dévotion dans un ouvrage intitulé Le Nectar de la
Dévotion, basé sur le Bhakti-rasamrta-sindhu de Rupa Gosvami, qui fait grande autorité en la matière.
Le pur service de dévotion se manifeste en cinq degrés d'échanges. 1) L'état de réalisation spirituelle suivant la libération de l'esclavage matériel correspond
à un échange qu'on peut qualifier de neutre (santa). 2) A partir de là, lorsqu'il a développé en lui la connaissance sublime des perfections internes du Seigneur, le
bhakta peut gagner le niveau d'échange actif qu'on nomme dasya. 3) Sur cette nouvelle base, le bhakta peut développer un sentiment de fraternité respectueuse envers le
Seigneur, puis, au-delà, d'amitié, où il commence de considérer le Seigneur comme son égal. Ces deux étapes sont nommées sakhya, ou service de dévotion dans l'amitié. 4)
Au-delà se trouve encore le niveau de l'affection parentale pour le Seigneur, et on nomme cet échange du nom de vatsalya. 5) Et enfin, le niveau des sentiments amoureux,
ou madhurya, qu'on qualifie du plus haut degré de l'amour de Dieu, bien que sur le plan qualitatif il n'existe aucune différence entre les cinq niveaux d'échange décrits dans ces
lignes.
Sri Caitanya donne à Rupa Gosvami ces enseignements sur la science dévotionnelle (voir pour de plus amples détails sur son enseignement le Premier chapitre de l'Enseignement du Seigneur Chaitanya ) puis l'envoie à Vrndavana redécouvrir les lieux, depuis longtemps
oubliés, où se sont déroulés les Divertissements sublimes du Seigneur, Sri Krsna. Après quoi Sri Caitanya retourne à Varanasi, où Il délivre les sannyasis mayavadis puis instruit le frère aîné de
Rupa Gosvami, mais nous avons déjà parlé de ces faits.
La religion universelle
Sri Caitanya Mahaprabhu ne laisse, pour tout enseignement écrit, que huit versets (slokas), connus sous le nom de Siksastaka. Tous les autres écrits traitant du culte divin qu'Il enseigna sont dus à
la plume des principaux disciples du Seigneur, les six Gosvamis de Vrndavana, et de leurs propres successeurs. La philosophie de Sri Caitanya Mahaprabhu est de loin la plus féconde, et il
faut y reconnaître le point de vue spirituel le plus vivant aujourd'hui, doué du pouvoir de se répandre en tant que le visva-dharma, ou la religion universelle. Notre bonheur
est que des sages animés d'un grand enthousiasme, tel Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Maharaja et ses disciples, aient pris déjà la peine de développer le sujet comme il le mérite. Quant à
nous, l'attente ardente de voir les jours heureux où règnera le bhagavata-dharma, ou prema-dharma, institué par Sri Caitanya Mahaprabhu, nous occupe tout entier.
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