Srila Prabhupada

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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par BBT

Enseignements
de la Reine Kunti


(d'après les célèbres prières de la reine Kunti)



par  Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupāda

 

 (traduction de Denis Bernier et Pierre Corbeil)



INTRODUCTION

 

La figure héroïque de la reine Kunti (1) surgit d'une ère explosive de l'Inde ancestrale. Le Mahâbhârata rapporte que Kunti est l'épouse du roi Pându (2)  et la mère de cinq fils célèbres : les Pândavas. À ce titre, elle incarne l'une des figures centrales du drame politique complexe qui culmina, il y a 5 000 ans, dans la Bataille de Kuruksetra, guerre dévastatrice pour la suprématie qui changera le cours de l'Histoire. Le Mahâbhârata décrit ainsi le prélude de cet holocauste :


Pandu est intronisé roi du fait que son frère aîné, Dhritarâstra, est aveugle de naissance, ce qui l'exclut de la succession directe. Après que Pandu monte sur le trône, Dhritarâstra épouse Gândhârî et engendre cent fils, qui formeront la famille dirigeante de la dynastie Kaurava et dont l'aîné est Duryodhana, un être aussi cruel qu'ambitieux.


Entre-temps, Pându prend deux épouses : Mâdrî et Kunti. Nommée à l'origine Prithâ, Kunti est la fille de Surasena, le chef de l'illustre dynastie Yadu. Le Mahâbhârata relate que Kunti " douée de beauté et de caractère, se réjouit dans le dharma. " Elle jouit également d'une bénédiction peu commune. Enfant, son père la donne en adoption à son cousin et ami intime - mais sans enfants -Kuntibhoja (d'où le nom de Kunti). Sous le toit de son beau-père, Kunti reçoit les invités. Un jour, Durvâsâ muni- grand sage et mystique - se présente et est comblé par le service désintéressé de Kunti. Prévoyant qu'elle éprouverait quelque difficulté à concevoir, il lui offre une bénédiction lui permettant d'appeler auprès d'elle le déva de son choix et d'obtenir de lui un enfant.


Après le mariage de Kunti et Pandu, ce dernier est frappé d'une malédiction qui l'empêche de procréer. Il renonce donc au trône et se retire avec ses épouses dans la forêt. Là, la bénédiction dont jouit Kunti lui donne de concevoir, sur la requête de son mari, trois fils glorieux. Elle appelle d'abord Dharma, le deva de la religion. Après l'avoir vénéré et répété l'invocation (mantra) que Durvâsâ lui avait enseignée, elle s'unit à Dharma et, en temps voulu, enfante un fils. Dès qu'il naît, une voix dont la source demeure invisible proclame : " Cet enfant sera nommé Yudhisthira; d'une grande beauté et vertu, il sera aussi déterminé que renoncé. Sa gloire retentira partout dans les trois mondes. "


Béni de ce fils vertueux, Pându demande ensuite à Kunti un fils doté d'une grande force physique. Elle invoque alors Vâyu, le dieu de l'air, qui conçoit en elle le puissant Bhîma. À sa naissance, la même voix surnaturelle qu'auparavant prédit : " Cet enfant deviendra le plus puissant des hommes. "


Après avoir consulté les sages de la forêt, Pându prie ensuite Kunti d'observer un vœu d'austérité pour une année entière. Achevé ce temps, il lui dit : "O toi si belle, ayant satisfait Indra - le roi des cieux - fais appel à lui et conçoit un nouveau fils." Kunti invoque alors Indra, qui vient à elle et engendre Arjuna. Quand naît le prince, la même voix retentit dans l'espace : " O Kunti, jouissant d'une puissance égale à celle de Kartavîrya et Shibi [deux rois de l'époque védique], ce nouveau-né sera tout aussi invincible sur le champ de bataille qu'Indra lui-même. Il répandra ta renommée partout et obtiendra plusieurs armes divines. " Plus tard, Mâdrî - l'épouse cadette de Pându - enfante également deux fils : Nakula et Sahadeva. Ces cinq fils de Pându (Yudhisthira, Bhîma, Arjuna, Nakula et Sahadeva) devinrent célèbres sous le nom des Pândavas.


Maintenant que Pându a renoncé au trône et s'en est allé habiter la forêt, Dhritarâstra assume temporairement la responsabilité du trône jusqu'au jour où le fils aîné de Pându - Yudhisthira - atteindra sa majorité. Toutefois, bien avant que ce temps n'arrive, Pându meurt des conséquences funestes de la malédiction qui pesait sur lui. Mâdrî renonce aussitôt à la vie en entrant dans le brasier où se consume le corps de son défunt mari, laissant les Pândavas à la garde de la reine Kuntî.


Après la mort de Pândou, les sages vivant dans la forêt conduisent les cinq princes et Kunti à la cour des Kauravas à Hastinapûra [près de  Delhi]. Dans cette capitale, les cinq garçons sont élevés sous la tutelle de Dhritarâstra et du noble Vidura, le demi-frère de Pându.


Mais la passation des pouvoirs n'allait pas s'opérer sans heurts. Quoique Dhritarâstra reconnaît d'abord la primogéniture de Yudhisthira, il se laisse par la suite abuser par son fils aîné, Duryodhana, qui, assoiffé de pouvoir, désire monter sur le trône à la place de Yudhisthira. Poussé par une jalousie irrépressible, Duryodhana complote contre les Pândavas et, avec l'approbation hésitante du faible Dhritarâstra, leur inflige de nombreux tourments. À Hastinapûra, il cherche à maintes reprises à mettre fin à leurs jours, puis les conduit à un palais provincial, où il s'efforce de les assassiner en le faisant incendier. Pendant tout ce temps, les cinq jeunes Pândavas sont suivis par leur mère courageuse, Kuntî, qui subit les atrocités de Duryodhana en compagnie de ses fils bien-aimés.


Miraculeusement, Kuntî et les Pândavas échappent encore et encore à la mort, étant sous la protection aimante du Seigneur Krishna, venu sur Terre accomplir Ses Divertissements. En fin de compte, Duryodhana, astucieux politicien, parvient - par la tricherie - à frustrer au jeu les Pândavas de leur royaume et de leur liberté, puisqu'il les force à un exil de treize ans dans la forêt, au grand dam de Kunti De plus, les Kauravas malmènent Draupadî, l'épouse des Pândavas.


Quand prend fin leur exil, les Pândavas retournent à Hastinapûra réclamer leur royaume, ce que Duryodhan refuse carrément. Après quelques vains efforts pour réprimer les hostilités, Yudhisthira délègue Krishna Lui-même pour obtenir de façon pacifique le retour du royaume des Pândavas. Même cette entreprise échoue toutefois, dû à l'entêtement de Duryodhana; les deux partis se préparent donc à combattre. Les grands guerriers de la Terre entière s'assemblent, les uns pour mettre Yudhisthira sur le trône, les autres pour le lui défendre, se préparant à ce qui s'avéra une guerre mondiale des plus dévastatrices.


Un combat acharné fait rage durant dix-huit jours sur la plaine historique de Kuruksetra [près d'Hastinapûra]; lorsqu'il s'achève 640 millions de guerriers ont trouvé la mort. Seul Sri Krishna, les cinq Pândavas et quelques autres survivent au massacre. Les Kauravas ont été anéantis. Dans un geste désespéré de vengeance, Ashvatthâmâ - un des Kauravas survivants - assassine cruellement dans leur sommeil les cinq fils de Draupadî. La reine Kunti reçoit ainsi un coup final : la perte de ses petits-fils.


Arrêté et conduit comme un animal au lieu de campement des Pândavas, Ashvatthâmâ retrouve sa liberté uniquement à cause de l'extraordinaire compassion de Draupadî, qui plaide pour sa vie. Or, Ashvatthâmâ cherche une dernière fois à tuer l'ultime héritier Pândava, petit-fils qui se trouve encore dans le sein d'Uttarâ : il lance l'arme suprême, le brahmâstra. Voyant le missile se diriger droit sur elle, Uttarâ cherche aussitôt refuge auprès de Krishna, qui S'apprête à partir pour Dwârkâ, Sa majestueuse capitale. Le Seigneur protège les Pândavas et leur mère d'une mort imminente en neutralisant la chaleur et la radiance implacables de l'arme nucléaire à l'aide de Son disque - Sudarshana.


Ayant désormais sauvé les Pândavas de cette dernière calamité et voyant tous Ses plans réalisés, Krishna S'apprête à nouveau à partir. Durant des années entières, Duryodhan tourmenta la famille royale de Kuntî; mais chaque fois, Krishna les protégea. Or, voici qu'Il les quitte. Accablée, Kuntî Lui offre des prières du plus profond de son cœur.


Kuntî est la tante de Krishna, qui est apparu comme le fils de son frère Vasudeva; malgré ce lien conventionnel qui l'unit au Seigneur, elle demeure parfaitement consciente de Son identité divine, sachant fort bien qu'Il est venu de Son royaume spirituel pour débarrasser la Terre des puissances militaires diaboliques et rétablir la justice. Dès avant la guerre, Krishna a révélé tout ceci à Arjuna, fils de Kunti, en termes immortalisés dans la Bhagavad-Gîtâ (4:7-8) :


" Chaque fois qu'en quelque endroit de l'Univers, la spiritualité voit un déclin et que s'élève l'irréligion, ô descendant de Bharata, Je descends en personne. J'apparais d'âge en âge afin de délivrer les vertueux, d'anéantir les mécréants, de rétablir les principes de la spiritualité. "


Krishna a rempli Son dessein d'anéantir les mécréants en orchestrant la destruction des Kauravas impies. Puis, Il a intronisé Yudhisthira afin d'établir le règne des Pândavas et consolé les familles des guerriers tués. La scène du départ imminent du Seigneur crée un cadre propice aux sublimes prières de la reine Kunti.


Alors qu'elle s'approche du chariot du Seigneur et s'adresse à Lui, le dessein immédiat de la reine consiste à Le persuader de rester à Hastinapûra pour protéger le gouvernement Pândava de toute représaille :


" O mon Seigneur… nous quitteras-Tu aujourd'hui, nous qui vivons entièrement de Ta grâce, nous qui devant l'hostilité que nous montrent maintenant tous les rois, n'avons pour seul refuge que Tes pieds pareils-au-lotus ? " (Srimad-Bhâgavatam 1:8:37)


Ne concluons pas à tort que Kuntî prie de façon égoïste. Quoique ses souffrances dépassent de beaucoup celles que pourrait supporter un être ordinaire, elle ne prie pas d'en être soulagée. Au contraire, elle prie de souffrir davantage. Car, raisonne-t-elle, ses tourments accroîtront sa dévotion pour le Seigneur et lui apporteront l'ultime libération :


" Ta grâce, ô Krishna, nous a déjà sauvés d'un gâteau empoisonné, d'un grand incendie, de la dent des mangeurs d'hommes, d'une pernicieuse assemblée, de maintes souffrances au cours de notre exil dans la forêt et d'une bataille où s'affrontèrent de grands généraux… Je souhaiterais que de tels malheurs surviennent encore et encore, pour que sans fin nous puissions à nouveau nous trouver en Ta présence. Car en Ta présence à jamais s'absente la répétition des naissances et des morts. " (Srimad-Bhâgavatam 1:8:24-25)


Épanchements simples et édifiants de l'âme d'une grande et sainte dévote, les paroles de Kountî révèlent les plus profondes émotions transcendantales du cœur et les plus profondes pénétrations philosophiques et théologiques de l'intellect. Ses propos sont des louanges inspirées par un amour divin empreint de sagesse :


" O Seigneur de Madhu, que toujours mon attention se porte vers Toi, et sur nul autre, comme le Gange sans entrave coule d'un flot continu vers l'océan. " (Srimad-Bhâgavatam 1.8.42)


La glorification spontanée offerte au Seigneur par Kountî, et sa description de la voie spirituelle sont immortalisées dans le Mahâbhârata et le Bhâgavat Pourâna [Srimad-Bhâgavatam]. Sages et philosophes depuis des millénaires les récitent ou les chantent.


Les célèbres prières de la reine Kuntî, telles qu'elles apparaissent dans le premier Chant du Bhâgavatam, ne consistent qu'en 26 stances [versets 18 à 43 du huitième chapitre]. Néanmoins, on les considère comme un chef d'œuvre littéraire, théologique et philosophique. Le présent ouvrage inclut ces versets inspirés accompagnés des commentaires édifiants de Sa Divine Grâce  A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda, le plus important maître spirituel de notre époque. En plus de ces commentaires rédigés en 1962, Kuntî, Reine du Mahâbhârata contient les conférences données par l'auteur en 1973, lors d'un séjour à Los Angeles, et où il analyse ces versets de façon beaucoup plus détaillée, jetant ainsi une plus grande lumière sur leur message. Sa dévotion et son érudition profondes sauront guider le lecteur sur le sentier universel de l'authentique sagesse et de l'illumination spirituelle.

 

(1) Kunti: (à propos de la prononciation du sanskrit en français) le u étant prononcé ou, Kunti se prononce bien kounti.

(2) Pandu:  (à propos de la prononciation du sanskrit en français) le u étant prononcé ou, Pandu se prononce bien Pandou.

 

 

 

 

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