Srila Prabhupada

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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par Subhananda

suite de  Deuxième Partie:

 


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Srila Prabhupâda traduisant le Srîmad Bhâgavatam



Subhânanada: Pouvez vous nous parler de l'attention qu'il accorde non seulement aux pratiques dévotionnelles mais aussi aux fondements philosophiques et théologiques de l'action dévotionnelle, ou à l'harmonie existant entre la dévotion et l'érudition?


Dr Hopkins:
Le premier aspect de la tradition hindoue, et des mouvements dévotionnels en particulier, qui me fascine est le fait qu'ils ne séparent jamais la vie dévotionnelle de celle de l'intellect.
 

 

 L'une des facettes les plus frappantes du Bhâgavat Purâna ou Srîmad Bhâgavatam, pour citer un exemple, réside non seulement dans la qualité de son message dévotionnel, mais dans la rigueur de sa pensée. Il ne s'agit pas ici uniquement d'une dévotion sentimentale dénuée de portée intellectuelle. Au contraire, c'est un manifeste très savant et très méthodique de la vie dévotionnelle. Cette alliance d'émotion et d'intelligence, si souvent rompue dans les traditions religieuses, est préservée avec une grande logique dans le mouvement dévotionnel. 


  Une telle allliance fait défaut à plusieurs traditions. Prenons par exemple Sankarâcarya et sa tradition super-intellectuelle dite Advaïta Vedanta, qui délaisse presqu'entièrement les sentiments religieux. D'autre part, certains mouvements chrétiens, et surtout protestants, de nature charismatique ou pentecôtiste, regorgent de manifestations émotionnelles mais n'accordent par contre que trop peu d'importance à la vie de l'intellect. Le mouvement dévotionnel vaïshnava , quant à lui, à toujours conservé cette union. 

 

  Le meilleur exemple dont je me rappelle est celui de Chaitanya et de Ses disciples : les 6 Goswâmîs.
 Chaitanya incarne en effet le dévot par excellence. Ses biographes décrivent l'intensité inconcevable de Sa dévotion à Krishna, Ses chants et danses imbus de félicité spirituelle, Ses visions et profondes extases mystiques. Pourtant, Il parcourt l'Inde entière et vainc certains des principaux intelllectuels religieux de Son temps. Il enseigne pendant plusieurs jours la théologie dévotionnelle à quelques disciples, comme Rûpa et Sanatân Goswâmîs, et Râmânanda Râya.

 


 

  Les 6 Goswâmis sont eux-mêmes de grands dévots de Krishna, de grands spiritualistes; ils n'en demeurent pas moins des intelligences exceptionnelles. Entre eux, ils rédigent plusieurs traités élevés en matière de théologie et philosophie sur la bhakti (dévotion théiste), parmi lesquels un des plus grands classiques spirituels de l'Inde: le Bhakti-rasâmrita-sindhu de Srî Rûpa. Jîva Goswâmî, pour sa part, est probablement le plus grand philosophe du groupe et ses écrits sont universellement reconnus.

 

   Les Goswâmîs réussirent du point de vue intellectuel et théologique, à donner une structure rationnelle aux sentiments spirituels. Leurs écrits analysent systématiquement les diverses étapes qui jalonnent la voie spirituelle [vaïdhi, râgânuga], ainsi que les différents degrés et nuances de l'extase et la spiritualité dévotionnelle: les nombreux rasas et bhâvas, etc... Ils leur confèrent par ailleurs une grande valeur au sein d'un vaste contexte théologique et intellectuel, qui plonge ses racines dans les traditions classiques et  populaires. La pratique de la bhakti implique aussi l'intégrité intellectuelle et la rationalité. Il ne s'agit pas seulement d'une expérience purement émotionnelle, mais bien d'une fusion de la pensée et de l'émotion dans un cadre spirituel. Historiquement parlant, la vraie puissance de la tradition vaishnava repose dans son refus de séparer l'intellect des émotions.

 

Si l'on considère l'époque où chaque tradition relligieuse atteint son apogée, c'est lorsque ces divers éléments furent réunis. Si on étudie la vie des grands rabbins hassidiques par exemple, on constate qu'il s'agit d'hommes d'intelligence, de spiritualité et de sagesse pratique, qui ne séparent jamais ces 3 principes. Penchons-nous égalemment sur les grands saints de l'Eglise catholique comme Ste.Thérèse. Elle est sûrement une grande mystique, animée d'émotions spirituelles profondes, mais quelle organisatrice aussi! Elle crée un ordre monastique entier, doté de sa propre structure institutionnelle. Elle ne sait pas que prier Dieu; elle fait la comptabilité et pour elle, il n'existe aucune incompatibilité entre les deux.

 

   C'est cette même compétence que manifeste Prabhupâda. Je discute un jour avec lui pendant qu'il accomplit simultanément tout cela: il offre à l'un de ses disciples quelques instructions pratiques sur la vie dévotionnelle; il lui explique un point particulier et lui présente un exposé philosophique de la dévotion, tout en enseignant à une deuxième  personne comment garder les registres fiscaux en ordre. Et ces activités ne sont nullement contradictoires mais font toutes partie intégrante du même processus dévotionnel.   


Tout mouvement, ou tradition, qui lâche un de ces fils rencontrera des obstacles. Qu'il en perde plus qu'un et ces obstacles deviendront pratiquement insurmontables. Il ne restera plus alors qu'une tradition en dérive, sans gouvernail. Qu'elle se limite exclusivement à l'aspect intellectuel, et elle perdra toute notion d'émotion ou d'action pratique. Si vous vous préoccupez uniquement de dévotion, vous perdez alors la valeur cohérente de vos actions, qui désormais , appartiennent plus qu'au domaine de l'émotion. D'autre part, si vous ne vous en tenez qu'au sens pratique, toute notion de sens profond vous échappera.


Subhânanda:
A propos d'intégrer dévotion et intelligence, pourriez-vous nous parler de la contribution littéraire et scolastique de Srîla Prabhupâda; plus précisément sous la forme de ses nombreux livres: ses traductions, études sommaires  et commentaires des principaux textes de la tradition.


Dr. Hopkins:
En ce qui concerne son oeuvre littéraire et scolastique, le première chose à comprendre est qu'il rend certains textes importants de la tradition dévotionnelle de l'Inde accessibles en Occident, alors qu'ils ne le furent jamais jadis. Voilà qui est très important. Les quelques traductions anglaises du Srîmad-Bhâgavatam et du Chaitanya-Charitâmrita qui pouvaient exister autrefois s'avèrent à peine adéquates et très difficiles à trouver. Quand je dus rédiger une dissertation en vue d'obtenir mon doctorat et que je désirai pour le faire me procurer une copie du Bhâgavatam, j'en trouvai la seule traduction à Harward Widener Library. Je dus l'emprunter pour en faire une copie sur microfilm. Aujourd'hui, peu importe votre destination, vous n'avez qu'à vous rendre à l'aéroport pour y rencontrer quelqu'un qui cherchera à vous vendre un exemplaire de cette oeuvre. Prabhûpada rend vraiment ces Ecritures vaïshnavas plus accessibles qu'elles ne l'ont jamais été, de sorte que cette tradition même est désormais à la portée de l'Occcident. Un exploit remarquable!


Subhânanda:
 
Vous dites qu'il nous offre à travers ses livres la tradition vaïshnava. De quelle manière s'y prend-il? Jusqu'à quel point selon vous présente-t-il cette tradition dans toute son authenticité, pour ainsi dire, et jusqu'où l'interprète-t-il, dans ce sens qu'il la modernise ou la met à jour?


Dr. Hopkins:
 
Il fait les deux à la fois. Il se montre très fidèle à la tradition et pourtant la transmet dans un langage que peut saisir l'Occident moderne. Quant à sa fidélité à la tradition, ses commentaires sont des plus traditionnels. Ils épousent ceux des grands commentateurs vaïshnavas et plus spécialement ceux des Gaudiya Vaïshnavas. Son commentaire sur la Bhagavad-Gîtâ, par exemple, se base en grande partie sur celui de Baladeva Vidyâbhûsana, à qui il dédie d'ailleurs son livre. Son commentaire du Bhâgavat  Purâna repose beaucoup sur ceux de Srîdhara Swâmî, Visvanâth Chakravartî Thâkur et Jîva Goswâmî, pour nommer les plus importants qu'il cite fréquemment. Son exégèse du Chaitanya-Charitâmrita est basée sur cellles de Bhaktivinoda Thâkura et Bhaktisiddhânta Sarasvatî, rédigés en bengali. C'est un point qu'il faut souligner piusque sans connaître le tradition , on ne peut réaliser à quel point il la représente. Les commentaires de Prabhupâda nous offre plus qu'on pourrait le croire: ils nous permettent d'accéder à l'entière tradition classique des commentaires scripturaires vaïshnavas. Il est évident qu'il ne commente pas ces textes sans savoir exactement ce qu'il dit. Ses racines plongent profondément dans le vaïshnavisme traditionnel.


    D'autre part, dans la tradition des grands commentaires, il fait évoluer la traditon d'un pas dans son application. Celui qui rédige de tels commentaires, bien sûr, ne saurait écrire ce qui lui plaît. Il doit, au contraire, adhérer à la tradition tout en actualisant le texte, mais sans pour autant en donner une nouvelle interprétaton, comme certains commentateurs chercheront peut-être à le faire. Je suppose que chaque commentateur s'efforce toujours dans un certain sens de produire une interprétation inédite, fut-elle subtile. Mais le but principal d'un commentaire n'est pas tant de transmettre une nouvelle interprétation qu'une différente application de l'enseignement, de sorte qu'il s'applique à un nouvel auditoire, n'ayant peut-être pas accès aux commentaires originaux ou précédents. C'est intoduire cet enseignement dans un nouveau cadre social, intellectuel et linguistique afin qu'il soit aussi accessible aujourd'hui que le furent hier les commentaires antérieurs. Tout commentaire qui se veut acceptable doit actualiser le texte. Le but classique du commentateur est de rendre le texte pour qu'il influe sur la vie des gens et ne demeure pas que vagues concepts intellectuels. La rédacton d'une commentaire ne correspond pas seulement à un exercice intellectuel ou académique. Son but est pratique: entraîner les gens dans une traditon spirituelle vivante.


Subhânanda:
 
Vu sous cet angle, quelle importance doit-on accorder aux commentaires de Srîla Prabhupâda?


Dr. Hopkins:
 
Il s'agit des premiers commentaires écrits spécifiquement pour l'entendement des Occidentaux et autres peuples qui ne connaissent pas bien tout le contexte culturel et théologique de l'Inde. Si vous essayez de lire les commentaires de Jîva et Sanâtan Goswâmis, ou de tout autre maître, vous constaterez qu'il faut être très versé pour les comprendre. Ils regorgent de termes techniques et sont rédigés en supposant que le lecteur est familier avec la philosophie, la culture et l'esthétique traditionnelles de l'Inde. Quiconque ne provient pas de ce cadre culturel particulier perd au moins la moitié du message.


    Srîla Prabhupâda réussit à supprimer un énorme écart culturel et à donner une application pratique à un enseignement originellement conçu  pour les membres d'une culture différente. Il ne s'agit donc nullement d'une tâche aisée. L'existence même d'un mouvement vaïshnava authentique en Occident constitue une preuve concluante de son succès en tant que commentateur.

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