Srila Prabhupada

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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par BBT

 Enseignements
de la Reine Kunti


(d'après les célèbres prières de la reine Kunti)


par  Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupāda

 (traduction de Denis Bernier et Pierre Corbeil)



Quatrième Chapitre  



APPROCHER KRISHNA,
L'OMNIPRESENTE VERITE




kṛṣṇāya vāsudevāya
devakī-nandanāya
ca
nanda-gopa-
kumārāya
govindāya namo namaḥ


 

" O Seigneur, Toi devenu fils de Vasudeva, joie de Devakî, enfant de Nanda et des autres pâtres de Vrindâvan, source de plaisir pour les vaches et les sens de tous les êtres, je Te rends mon hommage respectueux. "
                      (Srimad-Bhâgavatam 1.8.21)

 

Les plus grands mérites matériels, nous l'avons vu, ne peuvent nous qualifier pour approcher le Seigneur. C'est donc par Sa miséricorde immotivée, infinie, afin de bénir Ses dévots à part entière de Sa grâce toute spéciale et de réduire la puissance des êtres démoniaques, qu'Il descend sur Terre tel qu'Il est. Or, la reine Kunti adore le Seigneur dans Sa Forme de Sri Krishna de préférence à toute autre, pour la raison qu'Il manifeste alors des Divertissements d'une nature plus intime. Sous la forme de Râma, par exemple, Il était demeuré prince durant toute Son enfance; dans Sa Forme de Krishna, Il quitta Ses parents royaux, le roi Vasudeva et la reine Devakî, dès après Son apparition, pour aller jouer le rôle d'un simple pâtre dans la demeure de Yashodâmâyî, à Vrajabhûmi, terre bénie, sanctifiée depuis lors en tant que cadre des Divertissements d'enfance du Seigneur. Celui-ci Se montre donc plus miséricordieux dans Sa Forme de Krishna que dans celle de Râma, et, en vérité, y manifeste davantage les traits originels de Sa Personne, ceux qu'exprime Son Nom même (Krishna). Sa grâce infinie, Il n'a certes pas manqué de la montrer, entre autres à Vasudeva, le frère de Kunti, et à toute sa famille : n'eût été Son apparition en tant que fils de Vasudeva et Devakî, la reine Kunti n'aurait pu Le considérer comme son neveu et porter sur Lui son affection de parente. Mais plus grande encore est la fortune de Nanda et de Yashodâ, car ils ont pu goûter les Divertissements du Seigneur à Vraja, les plus fascinants de tous. Car ces Divertissements, répliques exactes de Ses occupations éternelles en Son royaume originel de Krishnaloka - aussi nommé cintâmani-dhâm dans la Brahma-samhitâ - sont incomparables. Sur la terre de Vraja, le Seigneur Krishna est descendu en personne, avec tout Son Entourage spirituel. C'est la raison pour laquelle Sri Chaitanya Mahâprabhu affirmait que nul n'a eu de plus grande fortune que les habitants de Vraja, et particulièrement les gopis, qui se vouèrent tout entières à la satisfaction du Seigneur. Les Divertissements de Krishna avec Nanda et Yashodâ, de même qu'avec les pâtres, surtout les jeunes pâtres, et les vaches, Lui ont valu d'être célébré sous le Nom de Govinda. En tant que tel, Il est tout particulièrement porté vers les brahmanas et les vaches, montrant par là que la prospérité de la société humaine repose essentiellement sur la culture brahmanique et la protection de la vache. Là où ils font défaut, jamais Sri Krishna ne saurait être satisfait.

Dans sa première prière, Kunti dit : " J'offre mon hommage à cette personne, ou purusha, qui vit au-delà de la manifestation matérielle. " (namasye purusam tvâdyam îsvaram prakrteh param). Kunti nous permet ainsi de comprendre d'emblée que Dieu est la Personne Suprême; Il n'est pas de nature impersonnelle. Dieu est une personne, mais Il n'appartient pas à l'Univers matériel et Son corps n'est pas fait de matière. Voilà ce qu'il faut comprendre. Le maigre savoir des impersonnalistes ne peut accommoder le fait que la Vérité Suprême et Absolue soit une personne, car ce mot évoque aussitôt pour eux l'image d'une personne de ce monde. Voilà leur défaut. Pourquoi Dieu serait-Il une personne matérielle ? Dès le début, Kunti dissipe ainsi cette méprise en affirmant que le Seigneur existe au-delà de la Création matérielle (prakrteh param). Il n'en demeure pas moins une entité personnelle. Maintenant, par la grâce de Kunti, nous pouvons comprendre que cette Personne Suprême, bien qu'invisible (alaksyam), est apparue sous les traits de Krishna.


Kunti dit encore : krsnâya vâsudevâya. On traduit parfois le mot vâsudeva par l' " Omniprésent " C'est ainsi que les impersonnalistes conçoivent Vâsudeva; aussi Kunti souligne-t-elle : " L'omniprésent Vâsudeva est nul autre que Krishna. " Îsvarah sarva-bhûtânâm hrd-dese 'rjuna tisthati : Krishna, le Seigneur Suprême, Se tient dans le cœur de tous les êtres.( Bg 18.61)  Ainsi se définit Son omniprésence.


Krishna, le premier des êtres, existe sous trois aspects : Dieu, la Personne Suprême, l'omniprésente Âme Suprême (Paramâtmâ) et la radiance du Brahman impersonnel. Ceux qui montrent un intérêt pour le bhakti-yoga se détournent de l'impersonnel Brahman, destiné au commun des mortels. En quoi les rayons solaires pourraient-ils intéresser les habitants du soleil ? De même, les âmes spirituellement évoluées n'éprouvent guère d'intérêt pour la radiance du Brahman. Au contraire, elles sont fascinées par Vâsudeva, le purusha, la Personne Suprême. Comme le confirme la Bhagavad-Gîtâ, une telle réalisation survient après maintes et maintes renaissances (bahûnâm janmanâm ante). Les jñânîs, ces impersonnalistes qui s'attachent à l'éclat du Brahman, cherchent à saisir la Vérité Absolue par la force de leur savoir; or, ils ignorent que celui-ci est aussi limité qu'imparfait alors que Krishna, la Vérité Absolue, S'avère illimité. On ne saurait approcher l'Infini par le biais de notre connaissance limitée. C'est tout simplement impossible.


Par la grâce de dévotes comme Kunti, nous pouvons saisir que Krishna est l'omniprésente et absolue Vérité, qu'on nomme aussi Vâsudeva et Paramâtmâ (krsnâya vâsudevâya). Une telle réalisation de Vâsudeva n'est pas aisément accessible aux impersonnalistes. Krishna déclare dans la Bhagavad-Gîtâ  :

 

bahûnâm janmanâm ante jñânavân mâm prapadyate
vâsudevah sarvam iti sa mahâtmâ sudurlabhah

 

" Après de nombreuses renaissances, lorsqu'il sait que Je suis tout ce qui est, la Cause de toutes les causes, l'homme au vrai savoir s'abandonne à Moi. Rare un tel mahâtmâ. "
                                   (Bhagavad-gita 7.19)


 
Le mot mahâtmâ signifie " large d'esprit ". Qui ne peut comprendre Krishna n'est pas large d'esprit mais borné. Qui fait preuve de largeur d'esprit peut, par la grâce de Krishna, Le comprendre.

C'est à travers le service qu'on Lui offre (sevonmukhe) qu'on peut comprendre Krishna. Sevonmukhe hi jihvâdau : on peut réaliser Vâsudeva en Le servant, et ce service s'amorce avec la langue. Celle-ci, en effet, joue un double rôle - vibrer divers sons et goûter. Ainsi, qui écoute et fait vibrer de façon répétée le mantra Hare Krishna, en plus de savourer le prasâda, la nourriture végétarienne offerte à Krishna, pourra grâce à cette méthode très simple réaliser Vâsudeva, Krishna. Celui-ci Se révélera à nous. Nos seuls efforts ne nous permettront pas de comprendre Krishna, mais ils nous qualifieront en autant qu'ils seront imbus de dévotion. Puis, Krishna Se révélera à nous (svayam eva sphuraty adah).


Krishna désire ardemment que nous retournions auprès de Lui, en notre demeure originelle dans le Royaume de Dieu; mais dans notre entêtement, nous refusons d'y aller. Aussi cherche-t-Il toujours quelque occasion de nous y ramener. Il ressemble en cela à un père affectueux. Lorsqu'un fils, se comportant comme un vaurien, quitte son père pour traîner les rues, sans toit ni pain, souffrant considérablement, son père se montre toujours très désireux de le ramener à la maison. Dans un même ordre d'idée, Krishna est le Père Suprême, et tous les êtres en ce monde sont exactement comme les enfants égarés d'un homme riche, qui auraient quitté le foyer pour errer sur les chemins. Par suite, le plus grand service qu'on puisse rendre à ses sœurs et frères humains consiste à leur donner la conscience de Krishna. Aucun gain matériel ne saurait satisfaire l'être vivant; mais si on lui offre la conscience de Krishna, il y trouvera une véritable satisfaction. On peut rappeler à l'enfant perdu, sans toit : " Cher garçon, ton père est très riche et possède beaucoup. Pourquoi tant souffrir ? Pourquoi vagabonder ? " Et s'il vient à comprendre : " Je suis en effet le fils d'un homme influent. Pourquoi vivre ainsi ? ", il pourra alors rentrer chez lui. On ne peut donc faire mieux que d'informer ceux qui ont oublié Krishna : " Vous faites partie intégrante de Krishna, votre Père qui possède pleinement toutes les opulences. Pourquoi moisir dans ce monde matériel ? " Mâyâ, l'illusion, s'avère très puissante. Mais c'est le devoir de chaque dévot de Krishna de s'efforcer d'éclairer tout un chacun sur la conscience de Krishna. Kunti, pour sa part, déclare d'emblée que même si Krishna, la Personne Suprême, vit à l'intérieur comme à l'extérieur de tout, les sots et vauriens ne peuvent Le voir. Aussi fait-elle remarquer : " Voici le Seigneur, Krishna. "


Krishna est Dieu, l'omniprésente Personne Suprême (krsnâya vâsudevâya), mais Il éprouve une grande joie à devenir le fils de Devakî (devakî nandanâya). L'Atharva Veda cite aussi le nom Devakî-nandana. Krishna vient en tant que Devakî-nandana et choisit pour père Nanda-gopa, Nanda Mahârâj. Il aime être associé à Ses dévots qui tiennent le rôle de Son père ou de Sa mère. Bien qu'en ce monde matériel, on cherche à s'unir à l'Être Suprême en L'acceptant comme Père, Krishna, Lui, prend plaisir à devenir le fils de Son dévot. L'homme moyen veut Dieu pour père; Krishna, toutefois, n'en est guère heureux, car le fils embête toujours son père en lui demandant : " Donne-moi ceci, donne-moi cela. "


Krishna jouit, de toute évidence, d'immenses puissances grâce auxquelles Il peut donner à chacun tout ce qu'il pourrait demander. Eko bahûnâm yo vidadhâti kâmân (1) . Il nourrit et la fourmi et l'éléphant; pourquoi négligerait-Il l'être humain ? Les vauriens, ignorants qu'ils sont de cette vérité, peinent jour et nuit comme des bêtes de somme pour se procurer du pain. Et s'ils vont à l'église, là aussi ils prient : " Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. " Ils n'ont qu'un souci : la crise du pain.


Quoique l'être vivant soit le fils de la personne la plus riche, la plus opulente, il s'est créé un problème alimentaire. C'est ce qu'on nomme l'ignorance. Il pense : " Si je ne résous pas cette crise, si je ne conduis pas jour et nuit un camion, comment vivrai-je ? " Voilà tout l'absurdité de notre civilisation moderne. Où est cette crise du pain ? Krishna peut produire du pain à l'infini. Des milliers d'éléphants peuplent l'Afrique et Krishna donne à chacun d'eux sa part de nourriture. S'Il peut nourrir les éléphants, pourquoi pas aussi l'humanité ? Par conséquent, le Srimad-Bhâgavatam enseigne : " Ne perdez pas votre temps à résoudre la crise du pain. "


tasyaiva hetoh prayateta kovido
na labhyate yad bhramatâm upary adhah

                                                                                  (voir SB 1.5.18)


Évitons de perdre notre temps à résoudre les problèmes économiques. Le développement économique est une absurdité. On pourra m'en vouloir d'émettre une proposition aussi révolutionnaire. " Que raconte Swamiji ? ", se demandera-t-on peut-être. Mais en réalité, c'est un fait : l'essor économique n'est que folie. Imaginons le fils d'un homme riche. Il sait en son for intérieur : " Aucun habitant de cette ville n'est aussi riche que mon père; je ne saurais donc manquer de nourriture. " Quelle crise économique pourrait ainsi le tracasser ? Or, telle est bien notre position - nous n'avons aucun problème économique. Tout nous est donné en abondance. Nous voulons de l'eau ? Voyez donc ! Les océans en sont remplis. Bien sûr, nous voulons de l'eau pure. Quoique les océans contiennent tant d'eau, quand celle-ci vient à manquer, nous requiérons l'aide de Krishna, qui évaporera l'eau en la transformant en nuages. L'eau de pluie qui en tombera sera, elle, pure. Sinon, on ne pourrait la boire.

Tout est bien orchestré, l'eau, la lumière, la chaleur… constituant un tout complet en soi.

 
om pûrnam adah pûrnam idam pûrnât pûrnam udacyate
pûrnasya pûrnam âdâya pûrnam evâvasisyate


 

" Dieu, la Personne Suprême, est le Tout complet et absolu, et Sa perfection étant totale, tout ce qui émane de Lui, comme le monde phénoménal, constitue également une totalité complète en elle-même. Tout ce qui provient du Tout est un tout en soi, et parce que Dieu est absolu, Il demeure le Tout complet bien que d'innombrables unités, complètes elles aussi, émanent de Lui."                  

                         (Îsopanishad : invocation)


Les réserves de Krishna ne s'épuisent jamais. Nous n'avons qu'à Lui obéir et Il les mettra à notre disposition. Les personnes conscientes de Krishna ne souffrent donc d'aucun problème économique; Krishna leur donne suffisamment de tout. Nos voisins de Los Angeles se montrent parfois très envieux envers nous. "Vous ne travaillez pas", disent-ils. "Comment se fait-il que vous n'éprouvez aucune anxiété? Vous avez quatre voitures; vous mangez très bien." En fait, ils ont raison. D'une façon ou d'une autre, tous nos besoins sont comblés; de plus, nous n'avons aucun problème, car lorsqu'on devient un serviteur sincère de Krishna, tout nous est donné. On nous envie donc, car nous possédons beaucoup, même si nous ne travaillons pas. Mais pourquoi ne se joignent-ils pas à nous? Jamais ils n'accepterons une telle invitation. "Venez chanter Hare Krishna avec nous," leur disons-nous. "Non, je ne peux pas." "D'accord, alors conduisez vos camions." En roulant à tombeau ouvert dans leurs autos et camions, ils mettent leur vie et celle d'autrui en péril puisqu'à tout instant, ils risquent un accident. Mais ils prétendent que c'est ça la civilisation. Quelle absurdité ! Tranquillité, prospérité et paix (shânti) - ainsi se définit la civilisation. Paisibles et prospères, on doit toujours demeurer conscients de Krishna.

Les gens travaillent tant, jour et nuit, et ce pour quelques miettes de pain, sans savoir que leur nourriture est déjà assurée. Avidyâ karma-samjñânyâ tritîyâ shaktir ishyate [Vishnou Pourâna 6.7.61 -voir (2) ] ; l'Univers matériel est saturé d'ignorance (avidyâ; vient de vidya qui signifie connaissance ; a-vidya signifie donc absence de connaissance ); cherchons donc à nous en affranchir. Nous ne devrions travailler qu'à cette fin: fuit l'ignorance. Nous pensons: " Étant ce corps de matière, je dois travailler jour et nuit; alors je pourrai manger et ainsi vivre. " Voilà ce qu'on appelle l'ignorance. Nous avons vécu une telle vie d'ignorance sous d'autres formes que la forme humaine, ayant revêtu jadis un corps d'oiseau, de bête… Nous devons maintenant vivre dans la paix, le calme et la sérénité, tout en s'enquérant simplement de la Vérité Absolue (jîvasya tattva-jijñâsâ / athâto brahma-jijñâsâ). Telle doit être notre occupation.

Nous nous enquérons uniquement de Krishna, et c'est ce qu'il faut faire. Voilà la vraie vie. Pourquoi peiner jour et nuit comme une bête de somme? Vous appelez ça vivre? Je n'accepte pas cette définition de la vie. Le Bhâgavatam enseigne donc aux êtres perspicaces (kovida): " Consacrez votre vie à comprendre la Vérité Absolue. " Comment alors notre problème économique sera-t-il résolu? Le bonheur qu'on espère trouver dans l'essor économique s'obtient de lui-même en temps voulu. Tal labhyate duhkhavad anyatah (S.B. 1.5.18) Nous voulons être heureux. Chercheriez-vous le malheur? "Non", me répondrez-vous. Pourquoi vous frappe-t-il donc, si vous ne désirez ni péril ni détresse? Notre karma confère à notre vie une certaine part de bonheur et de malheur. Par suite, si le malheur survient sans invitation, le bonheur en fera autant.


Une certaine mesure de bonheur et de malheur nous est prédestinée; on n'y peut rien changer. Le changement qu'on se doit donc d'opérer consiste à s'affranchir de notre condition matérielle. Tel doit être notre seul souci. Selon notre karma, nous naissons tantôt parmi les dévas d'un système planétaire supérieur, tantôt chez les chats, les chiens ou les vers dans l'excrément. Aussi Chaitanya Mahâprabhu dit-Il:
 

ei rûpe brahmânda bhramite kona bhâgyavân jîva
guru-krishna-prasâde pâya bhakti-latâ-bîja


 

"Suivant leur karma, tous les êtres vivants errent de par l'Univers entier. Certains sont promus aux systèmes planétaires supérieurs; d'autres glissent vers les planètes inférieures. Parmi ces millions d'êtres, très fortunés sont ceux qui rencontrent, par la grâce de Krishna, un maître spirituel authentique. La grâce conjuguée de Krishna et du guru confère à ceux-ci la graine de la dévotion."
                               (C.c., Madhya 19:151)



Seules les âmes favorisées par le destin obtiennent la compagnie de Krishna et de Son dévot; ainsi acquièrent-elles la graine de la dévotion et le mantra Hare Krishna. Dès lors, leur vie devient sublime.

Kunti attire donc notre attention sur Krishna, la Personne Suprême, que nul ne voit. Qui est donc cet être invisible (alakshya)? Nul autre que Krishna. " Mais il existe plusieurs Krishnas ", pourrait-on répondre. Voilà pourquoi Kunti dit: "J'offre mes respects à Vâsudeva, fils de Vasudeva." - "Mais on compte aussi plusieurs Vasudeva." - "Non, mes prières s'adressent au fils adoptif de Mahârâja Nanda (nanda-gopa-kumârâya)". Ainsi souligne-t-elle trois fois: "Voici Krishna."


Krishna naît officiellement de Devakî et Vasudeva; mais durant Son enfance, Il goûte la compagnie de mère Yashodâ et Nanda Mahârâja. C'est là un divertissement de Krishna. Ânandamayo 'bhyâsât (Vedânta-sutra 1.1.12): Krishna est par nature empreint de félicité; jamais on ne Le verra morose. Et de même quiconque vit avec Lui. D'où Son nom : Govinda. Le mot go signifie "sens". Nous aspirons aux plaisirs des sens; or, si nous recherchons la compagnie de Krishna, nous jouirons à profusion de nos sens à l'instar des gopîs qui dansent avec Lui. La satisfaction des sens ne fait donc pas défaut en Sa présence; elle n'a toutefois rien de commun avec les plaisirs peu subtils de ce monde. Au contraire, elle participe de la même nature que le monde spirituel.

Ânanda-cinmaya-sad-ujjvala-vigrahasya  (voir Brahma-samhita 5.32) . Ce plaisir (ânanda) n'est pas celui de troisième ordre qu'on goûte à travers nos sens physiques. Les plaisirs sensuels ne sont qu'illusion. Nous pensons: "Je jouis", mais en fait il n'en est rien, car ce bonheur matériel ne dure guère longtemps. Chacun sait par expérience qu'il a une fin. Les plaisirs spirituels, au contraire, ne font que s'accroître. Voilà la différence. Ânanda-cinmaya-sad-ujjvala-vigrahasya govindam âdi-purusam tam aham bhajâmi (Brahmâ-samhitâ 5:32). Il nous faut donc rechercher la compagnie de Govinda.

Le verset à l'étude dit encore : " J'offre mon hommage respectueux à Govinda. " (govindâya namo namah) Le Mouvement pour la Conscience de Krishna s'avère si sublime qu'il nous met directement en contact avec Govinda. L'adoration de la mûrti dans le temple offre également un contact direct avec Lui. Sri-vigrahârâdhana-nitya-nânâ-srngâra-tan-mandira-mârjanâdau (Sri-gurv-astaka 3 - voir (3) ). Cette forme de Krishna (vigraha) se manifeste par Sa grâce. Étant invisible, alaksya, Krishna nous permet ainsi de Le voir. Ne croyons pas qu'Il soit fait de pierre, de bois ou de métal. Krishna demeure toujours Lui-même. Mais comme nous ne voyons que les éléments matériels, Il apparaît sous une forme façonnée dans le bois, le métal ou la pierre. Quand nous entrons en contact avec la mûrti, c'est Krishna Lui-même que nous contactons. Invisible, Celui-ci, dans Sa grande bonté, apparaît sous une forme qu'on peut voir. Telle est Sa miséricorde. N'allez pas penser : " Voici un Krishna de pierre ". Étant tout, Krishna est aussi la pierre, mais pas une pierre inerte. Krishna demeure égal à Lui-même et ce, même lorsqu'Il emprunte une forme de pierre ou de métal. Quiconque adore la mûrti le constatera d'ailleurs. Svayam eva sphuraty adah. Bien qu'apparemment faite de pierre, la mûrti peut s'entretenir avec le dévot. Cela s'est vu maintes vois.

Je suis, par conséquent, très heureux de voir mes disciples parer la mûrti de merveilleux costumes, et lui offrir des mets savoureux tout en gardant le temple très propre. Sri-mandira-mârjanâdau : le mot mârjana signifie " nettoyer ". Que l'on habille Krishna ou qu'on nettoie Son temple, on en retire le même bénéfice spirituel. Évitons de penser : " Je ne fais que nettoyer alors qu'une autre pare la Déité. " Non. Krishna étant absolu, ces deux formes de service sont sur un même pied d'égalité. Il s'agit ainsi de servir Krishna de toutes les façons possibles et notre vie sera couronnée de succès. Voilà en quoi consiste le Mouvement pour la Conscience de Krishna (iskcon).

Par la grâce de Kunti, nous sommes à même de saisir que Krishna - Vâsudeva - est Dieu, l'Être Suprême. Le terme vâsudeva indique également qu'on peut comprendre le Seigneur quand on s'élève au niveau de la pure Vertu, qu'on nomme aussi vâsudeva, ou visuddha-sattva. Sattvam visuddham vasudeva-sabditam [S.B. 4:3:23 voir (4) ] : pour comprendre Dieu, il faut d'abord accéder à la Vertu (sattva). Or, la Vertu en ce monde matériel est parfois souillée par les attributs inférieurs de la Passion et de l'Ignorance. En écoutant ce qui a trait à Krishna, on atteint cependant le niveau de la pure Vertu. Srnvatâm sva-kathâh krsnah punya-sravana-kîrtanah (S.B. 1:2:17). Efforçons-nous toujours d'écouter et de chanter les gloires de Krishna, vingt-quatre heures par jour; de cette façon, notre cœur sera lavé de toute impureté. Il ne s'agit pas ici d'assister, pendant sept jours, à une lecture officielle du Srimad-Bhâgavatam (bhâgavata-saptâha), laquelle n'est qu'une autre forme d'exploitation. On lit dans le Bhâgavatam [1:2:18 voir (5) ] : nasta-prâyesv abhadresu nityam bhâgavata-sevayâ. Le mot nityam signifie " quotidiennement, vingt-quatre heures par jour ". Il faut toujours lire le Srimad-Bhâgavatam et servir le maître spirituel. Le terme bhâgavata peut indiquer soit le maître spirituel, soit le Srimad-Bhâgavatam. Servons donc constamment l'un ou l'autre. Bhagavaty uttama-sloke bhaktir bhavati naisthikî. Ainsi nous établirons-nous de façon irrévocable (naisthikî) dans le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême.

Ainsi doit-on réaliser les bienfaits du Mouvement pour la Conscience de Krishna, en adoptant la voie spirituelle prescrite et en cherchant à distribuer ses fruits à autrui. Éveiller la conscience de Krishna qui sommeille en autrui constitue la plus grande œuvre de bienfaisance qui soit. Nous pouvons voir que des individus, privés de toute conscience de Krishna il y a quatre ou cinq ans, ont été tirés de leur sommeil et ont acquis désormais cette conscience. De même, d'autres peuvent être éveillés à leur tour. Cela ne comporte aucune difficulté. Il suffit d'appliquer la même méthode.

En marchant sur les traces de dévotes comme Kunti, nous pourrons découvrir l'identité de Krishna. Nous pouvons nous enquérir de l'identité d'une personne en lui demandant : " Quel est le nom de ton père ? " De même, le Srimad-Bhâgavatam nous donne les noms du père et de la mère de Dieu - voire Son adresse. Nous ne sommes pas des impersonnalistes armés de vagues notions du Divin. Quiconque tire parti du Mouvement pour la Conscience de Krishna pourra comprendre Dieu de façon aussi parfaite que complète.


                                        SUITE: UNE VISION DE LOTUS



(1) Eko bahûnâm yo vidadhâti kâmân: Un Être (eko); l'Être Suprême, pourvoit aux nécessités  de tous les autres êtres vivants.


(2)
                     viṣṇu-śaktiḥ parā proktā
                        kṣetra-jñākhyā tathā parā 
                        avidyā-karma-saḿjñānyā
                              tṛtīyā śaktir iṣyate


"On résume en trois catégories les puissances de Sri Visnu - l'énergie spirituelle, qui est toute de connaissance; les êtres vivants qui, bien qu'ils particpent de l'énergie spirituelle, sont sujets à l'égarement; et la troisième énergie, toute d'ignorance, toujours visible dans l'action intéressée."

                 Visnu Purana (6.7.61)


(3)
                   śrī-vigrahārādhana-nitya-nānā-
                  śṛṅgāra-tan-mandira-mārjanādau
                  yuktasya bhaktāṁś ca niyuñjato ’pi
                     vande guroḥ śrī-caraṇāravindam

 

Le maître spirituel se consacre sans cesse à l'adoration de Sri Sri Râdhâ et Krisna dans le temple, et il entraîne ses disciples dans cette adoration. Ils parent les Mûrtis  de vêtements et ornements, nettoient Leur temple et s'acquittent des divers autres devoirs liés à Leur culte. Je rends mon hommage respectueux aux pieds pareils-au-lotus de mon maître spirituel.



(4) Sattvam visuddham vasudeva-sabditam

  "La conscience de Krishna est le niveau de conscience pure où la Personne Divine, qui a nom            Vāsudeva, Se révèle sans que le moindre voile subsiste."
                        Srimad-Bhagavatam (4.3.23)


(5) 

          naṣṭa-prāyeṣv abhadreṣu
           nityaḿ bhāgavata-sevayā
             bhagavaty uttama-śloke
             bhaktir bhavati naiṣṭhikī


"Par l'écoute suivie du Srimad-Bhagavatam, comme par le service assidu offert aux purs dévots du Seigneur, tout ce qui trouble le coeur du bhakta devient pratiquement néant, et le service d'amour offert au Seigneur Suprême, qu'on glorifie par des hymnes sublimes, s'y établit alors, irrévocable."
                                    Srimad-Bhagavatam (1.2.18)

 

 

 

 

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