Srila Prabhupada

Rechercher sur le site :

 
recherche par freefind avancée

Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par BBT

Le Livre de

Krishna


PREMIERE PARTIE


Un résumé complet
de l'illustre dixième Chant du
Srimad Bhagavatam
par


Sa Divine Grâce 

 A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda


PREMIER CHAPITRE



L'Avènement de Sri Krsna

 

 



Un jour le monde fut alourdi par les forces militaires trop puissantes de divers rois belliqueux, en fait des êtres démoniaques qui prétendaient appartenir à l'ordre royal. Le monde entier en fut troublé; tant, que Bhûmi, le deva-maître de la Terre, alla trouver Brahmâ afin de lui rapporter les malheurs que lui causaient les rois démoniaques. Bhûmi prit la forme d'une vache, qui se présenta devant Brahmâ, les larmes aux yeux. Elle avait un air de deuil et sanglotait, pour invoquer la compassion de Brahmâ. Elle raconta combien la Terre se trouvait en état de calamité; après avoir écouté ses propos, Brahmâ, fort attristé, décida de se rendre à l'océan de lait, où demeure Sri Visnu, le Seigneur. Tous les devas, avec à leur tête Siva, l'escortèrent, et Bhûmi les suivit. Une fois aux rives de l'océan, Brahmâ prononça les mots qui devaient lui rendre favorable Sri Visnu, qui jadis avait déjà sauvé la planète Terre en prenant la forme d'un sanglier.


Dans les mantras védiques, on trouve une prière spéciale appelée le purusa-sûkta. De façon générale, c'est en récitant ce purusa-sûkta que les devas offrent leur hommage à Visnu, Dieu, la Personne Suprême. On comprend ici que le deva-maître de chaque planète peut aller voir Brahmâ, le souverain de l'univers matériel, chaque fois que quelque chaos survient sur sa planète propre. Et Brahmâ, lui, est en mesure d'approcher le Seigneur Suprême, Sri Visnu, non pas directement, face à face, mais en se tenant sur les rives de l'océan de lait. Il existe dans notre univers une planète qui porte le nom de Svetadvîpa, et sur laquelle se trouve un océan de lait. Divers Ecrits védiques nous laissent entendre que de même qu'il existe sur Terre un océan d'eau salée, on trouve d'autres océans sur d'autres planètes: un océan de lait, un océan d'huile, ou encore un océan de liqueur, et nombre d'autres sortes. Le purusa-sûkta est la prière qu'ont coutume de réciter les devas pour plaire à Ksîrodakashâyî Visnu, Dieu, la Personne Suprême. Ce nom Lui est attribué parce qu'Il est allongé sur l'océan de lait (ksîra). C'est à travers cette manifestation particulière du Seigneur Suprême qu'apparaissent en ce monde tous les avatâras.


Après que tous les devas eurent offert au Seigneur Suprême la prière du purusa-sûkta, aucune réponse ne se fit entendre. Alors, Brahmâ s'assit en méditation, et Sri Visnu lui transmit par la pensée un message qu'il révéla ensuite aux autres devas. C'est ainsi que se transmet le savoir védique. Venant de la Personne Suprême, il est d'abord reçu par Brahmâ, en son coeur. Comme l'enseigne le début du Srimad-Bhagavatam: tene brahma hrdâ, le savoir spirituel et absolu des Vedas fut d'abord révélé à Brahma, en son coeur. Ici, également, seul Brahma put comprendre le message de Sri Visnu, et c'est lui qui ensuite le transmit aux devas pour qu'ils agissent sans délai. Tel était le message: Dieu, la Personne Suprême, apparaîtra très bientôt sur Terre, accompagné de Ses puissances, suprêmes et formidables; aussi longtemps qu'Il demeurera sur la planète, les devas devront également y demeurer, afin de L'assister dans l'accomplissement de Sa mission, anéantir les êtres démoniaques et protéger les bhaktas. Tous doivent aussitôt «naître» dans la dynastie Yadu, au sein de laquelle apparaîtra également le Seigneur, en temps voulu.


Dieu Lui-même, la Personne Suprême, Sri Krsna, apparut en tant que Fils de Vasudeva. Mais avant Lui apparurent, en différentes familles vertueuses de la planète, tous les devas, ainsi que leurs épouses, à seule fin de L'assister dans Sa mission. Le terme exact utilisé ici est tat priyârtham; il signifie que c'est afin de satisfaire le Seigneur que les devas sont descendus sur Terre. En vérité, quiconque ne vit que pour la satisfaction du Seigneur est un deva. Les devas apprirent encore que l'émanation plénière de Sri Krsna nommée Ananta, à la forme de serpent, qui soutient toutes les planètes de l'univers en allongeant ses millions de têtes, apparaîtrait également sur Terre, avant Sri Krsna. Ils surent aussi que Mâyâ, la puissance externe de Visnu, qui charme toutes les âmes conditionnées, apparaîtrait également, à seule fin que s'accomplissent les desseins du Seigneur Suprême.


Après avoir, par de plaisantes paroles, informé et pacifié tous les devas -dont Bhûmi-, Brahmâ, qui est le père de tous les prajâpatis, les ancêtres de la population universelle, reprit le chemin de sa demeure propre: Brahmaloka, la planète matérielle la plus évoluée.


Le chef de la dynastie Yadu, le roi Sûrasena, gouvernait la province de Mathura, en même temps que celle qui portait son nom: la province de Sûrasena. La ville de Mathurâ devint donc la capitale de tous les rois de la dynastie Yadu. Une autre raison est que les Yadus se montraient d'une grande piété et savaient qu'à Mathurâ, le Seigneur, Sri Krishna, vit éternellement, de même qu'à Dvârakâ.


Un jour, juste après avoir épousé Devakî, Vasudeva, le fils de Sûrasena, monté sur son char, s'en retournait chez lui, accompagné de sa nouvelle épouse. Le père de Devakî, Devaka, avait offert une dot importante, des centaines de chars, tous équipés d'accessoires d'or, car il éprouvait pour sa fille une grande affection.


Ce jour-là, Kamsa, fils d'Ugrasena, volontairement avait pris les rênes et conduisait le char de Vasudeva, pour satisfaire sa soeur Devakî. La coutume védique veut en effet que lorsqu'une fille est mariée, son frère conduise le jeune couple à la demeure du père du nouvel époux. Cela parce que la nouvelle mariée pourrait trop souffrir d'une séparation brutale d'avec sa famille. La dot de Devakî comprenait: quatre cents éléphants parés de guirlandes d'or, quinze mille chevaux décorés et mille huit cents chars. Devaka avait également décidé que deux cent fort belles jeunes femmes accompagneraient sa fille. Le système de mariage en vigueur chez les kshatriyas, et encore observé en Inde, veut que lorsqu'un roi ksatriya se marie, plusieurs des jeunes amies de sa fiancée aillent vivre dans son palais. Ces suivantes de la reine sont appelées servantes mais agissent en fait comme des amies. Cette pratique existe de temps immémorial, on en trouve des traces datant au moins de l'époque qui précède l'Avènement de Sri Krishna, voilà cinq mille ans. Ainsi, outre son épouse, Vasudeva ramena à sa demeure deux cents belles jeunes femmes.


Lorsque passaient sur leur char les nouveaux mariés, on jouait de divers instruments pour célébrer l'heureux moment. Le son des conques, des cors, des tambours et des timbales formaient ensemble un joli concert. La procession se déroulait de manière fort plaisante, Kamsa conduisant le char, lorsque soudain se fit entendre un son miraculeux, venant du ciel. Il s'adressait particulièrement à Kamsa: «Quel sot tu fais, Kamsa! Tu conduis le char de ton beau-frère et de ta soeur, mais tu ignores que leur huitième enfant te tuera».


Kamsa, fils d'Ugrasena, de la dynastie Bhoja, était aussi réputé pour être le plus démoniaque de tous les rois de cette dynastie. Dès qu'il eut entendu la prophétie venant du ciel, il saisit Devakî par les cheveux, et s'apprêtait à la tuer de son sabre quand Vasudeva, étonné de ce geste, afin d'apaiser son cruel et cynique beau-frère, voulut le raisonner en ces termes: «Mon cher beau-frère, mon cher Kamsa, tu es le plus célèbre roi de la dynastie Bhoja, et les gens te savent le plus grand des guerriers, un roi fort vaillant. Comment ton courroux peut-il être assez fort pour que tu t'apprêtes maintenant à tuer une femme, de plus ta propre soeur, en l'heureux jour de son mariage? Pourquoi être si effrayé de la mort? Elle est déjà venue, à l'instant même de ta naissance. Tu commenças à mourir à l'instant même où tu naquis. Disons que tu aies maintenant vingt-cinq ans; tu es donc déjà mort de vingt-cinq années. En vérité, tu meurs à chaque instant, à chaque seconde. Pourquoi tant t'effrayer de la mort? A la fin, elle est inévitable. Peut être mourras-tu aujourd'hui, peut-être dans cent ans, mais tu ne peux échapper à la mort. Pourquoi en être si troublé? La mort n'est que l'anéantissement du corps matériel. Aussitôt que le corps cesse de fonctionner, qu'il se mêle de nouveau aux cinq éléments de la nature matérielle, l'être vivant revêt un autre corps, déterminé par les actes de son existence passée et leurs conséquences. Ce changement de corps s'opère exactement comme un homme marche dans la rue; il avance d'un pas, puis, assuré que son pied repose sur le sol ferme, soulève l'autre pied. Ainsi, les corps changent, l'un après l'autre, et l'âme transmigre. Regarde avec quel soin la chenille passe d'une branche à une autre! De même, l'être vivant change de corps aussitôt que les agents du deva de la mort ont décidé de sa prochaine enveloppe mortelle. Aussi longtemps que l'être vivant reste conditionné par le monde matériel, il doit revêtir des corps de matière, l'un après l'autre. Le corps qu'il occupera dans sa prochaine existence lui est donné selon les lois de la nature, selon ses actes en cette vie et leurs conséquences.


«Ce corps ne diffère en rien des corps que nous voyons dans nos rêves. Pendant notre sommeil, nous fabriquons mille corps fictifs, créés par le mental. Nous avons déjà vu une montagne et déjà vu de l'or; aussi, dans un rêve, combinant peut-être les deux idées, nous verrons une montagne d'or. Parfois, en rêve, nous possédons un corps qui vole dans les airs, et tout est oublié du vrai corps. De même, d'une vie à l'autre, les corps changent; lorsque l'on obtient un corps nouveau, on oublie tout du précédent. Nous pouvons, pendant nos rêves, entrer en contact avec nombre de corps nouveaux, mais au réveil, tous seront oubliés. De même, les corps matériels que nous revêtons sont en fait le produit de nos activités mentales. Et nous ne pouvons, à présent, nous souvenir de nos corps passés.


«Le mental est de nature fébrile. Il rejette parfois ce qu'il a accepté un instant auparavant. Accepter et rejeter, telles sont les fonctions du mental au contact des cinq objets du plaisir des sens: la forme, le goût, l'odeur, le son et le tact. Voué à la spéculation, le mental entre en contact avec les objets du plaisir des sens, et lorsque l'être vivant désire un type de corps particulier, il l'obtient. Le corps est donc une offrande des lois de la nature matérielle. L'être vivant accepte un corps et prolonge son séjour dans l'Univers matériel pour y jouir ou souffrir, selon la structure du corps acquis. A moins d'obtenir un corps particulier, il est impossible pour l'être de jouir ou de souffrir en ce monde selon les tendances mentales héritées de sa vie antérieure. C'est en fait la condition mentale de l'être à l'instant de mourir qui détermine le corps particulier qui lui sera offert.


«Les planètes lumineuses, tel le soleil, la lune ou les étoiles, se reflètent sur la surface de différents liquides -eau, huile, ghi (beurre clarifié). Le reflet se déplace selon le mouvement de ces liquides. La lune se reflète sur l'eau, et si l'eau ondule, la lune semblera la suivre: mais il n'en est rien. De même, par simple création mentale, l'être obtient différentes sortes de corps, bien qu'en vérité il n'ait nul lien avec ces corps. Mais par la force de l'illusion, par la sorcellerie de mâyâ, il pense appartenir à un corps d'espèce particulière. Telles sont les voies de l'existence conditionnée. Prenons l'exemple d'un être doté à présent d'une forme humaine: il croit appartenir à la communauté humaine, à tel ou tel pays, à telle ou telle région. Il s'identifie à ces choses et par là se destine un autre corps, dont il n'a nul besoin. De telles créations mentales, de tels désirs, sont à l'origine de diverses sortes de corps. Le voile de la nature matérielle est si épais que les êtres se satisfont du corps qu'ils obtiennent et prennent grand plaisir en s'identifiant à lui. Aussi, je t'implore de ne pas laisser ton corps et ton mental t'ensevelir sous leurs injonctions».


Vasudeva demanda ainsi à Kamsa de ne pas nourrir de jalousie contre sa soeur, nouvellement mariée. Chacun devrait s'affranchir de l'envie, car elle engendre la crainte, en cette vie comme en la suivante, lorsque l'on se trouve devant Yamarâja (le deva qui après la mort, juge et punit les pècheurs). Vasudeva fit appel à Kamsa au nom de Devakî, lui rappelant qu'elle était sa jeune soeur. Il invoqua, pour plaider la cause de son épouse, l'heureux moment de son mariage. Une jeune soeur, un jeune frère doivent recevoir de leurs aînés la protection qu'on donne à un enfant. «La situation est bien délicate, conclut Vasudeva, si tu la tues, ton haut renom s'en trouvera affecté».


Vasudeva tenta d'apaiser Kamsa en lui donnant de sages conseils et en usant de discrimination philosophique, mais il ne put y parvenir, car ce dernier se trouvait d'ordinaire entouré de compagnons démoniaques. Bien qu'issu d'une famille royale, de haute noblesse, Kamsa garda toujours sa nature démoniaque, à cause d'un entourage démoniaque. L'être démoniaque ne prête jamais l'oreille aux bons conseils. Tel un voleur endurci: on aura beau le raisonner, jamais il ne changera sa conduite. Telle est la distinction entre deva et asura. Ceux qui peuvent se soumettre aux sages conseils et y conformer leur existence, on les qualifie de devas, ceux qui ne le peuvent, d'asuras. Ayant échoué dans sa tentative d'apaiser Kamsa, Vasudeva pensa au moyen de protéger son épouse Devakî. Face à un danger imminent, l'homme d'intelligence doit s'efforcer, autant que possible, de l'éviter. Mais si, malgré toute son intelligence, il ne le peut, on ne doit pas le tenir pour fautif. L'homme doit essayer de son mieux d'accomplir son devoir, et si l'effort n'est pas couronné de succès, il n'en portera pas la faute.


Vasudeva pensa ainsi: «Il me faut pour l'instant sauver Devakî, si plus tard nous avons des enfants, je verrai alors comment les protéger». Une autre pensée lui vint: «Si plus tard j'ai un enfant capable de tuer Kamsa, comme Kamsa en est convaincu, alors et Devakî et l'enfant seront sauvés, car inconcevables sont les lois de la Providence. Mais pour l'instant, il faut que d'une façon ou d'une autre je sauve Devaki».


On ne peut jamais dire comment un être contracte un type de corps particulier, de même qu'on ne peut jamais savoir quels arbres un feu de forêt dévorera. Les flammes, sous l'influence du vent, épargnent un arbre ici et là, et en touchent d'autres. Ainsi, un homme peut mettre toute sa prudence et son attention méticuleuse à accomplir ses devoirs, mais il reste bien malaisé pour lui de prévoir quelle sorte de corps il obtiendra dans sa vie future. Bharata Mâhâraja, par exemple, exécuta avec grande foi ses devoirs sur la voie de la réalisation spirituelle, mais voilà qu'il se prit d'affection pour un cerf, et dut par là revêtir un corps de cerf lors de sa vie suivante.


Vasudeva, ayant réfléchi au moyen de sauver son épouse, de nouveau s’adressa à Kamsa, très respectueusement, bien que ce dernier fût un abominable pécheur. Il arrive parfois qu'un homme de vertu tel Vasudeva doive flatter un être de vice comme Kamsa. Telles sont les voies de la diplomatie. Bien que profondément attristé, Vasudeva montra en son extérieur un air joyeux. A cause de l'affreux caractère du cynique Kamsa, Vasudeva dut s'adresser à lui de la sorte: «Mon cher beau-frère, comprends donc, je t'en prie, que nul danger ne peut advenir de ta soeur. Tu crains quelque péril pour avoir entendu une voix prophétique issue du ciel. Mais selon cette voix, le danger viendra de fils qui ne sont pas même encore mis au monde. Et qui sait? Peut-être ta soeur n'aura-t-elle jamais de fils? Si tu considères bien tout cela, il te sera aisé de comprendre que pour l'instant tu n'as rien à craindre, et nulle raison donc de redouter ta soeur. Qu'elle mette au monde des fils, et je te promets de te les livrer tous; alors tu prendras les mesures nécessaires».


Kamsa, connaissant à sa juste valeur la parole de Vasudeva, se laissa convaincre par ses arguments. Il renonça donc, pour l'instant, à haineusement tuer sa soeur. Satisfait, Vasudeva loua la décision de Kamsa et poursuivit son chemin vers sa demeure.


Devakî mit au monde huit fils et une fille. Lorsque naquit le premier fils, Vasudeva garda sa parole et le porta aussitôt à Kamsa. Il est dit que Vasudeva était fort vertueux et connu pour l'honneur de sa parole; il désirait maintenir ce renom. S'il fut douloureux à l'extrême pour Vasudeva de donner l'enfant, Kamsa, lui, le reçut avec joie. Ce dernier se prit cependant de compassion devant son beau-frère. Le comportement de Vasudeva est un exemple pour tous. Pour une grande âme comme Vasudeva, rien ne peut être tenu pour trop douloureux dans l'exécution du devoir. Un homme de connaissance comme Vasudeva accomplit son devoir sans hésiter. Au contraire, un asura comme Kamsa n'hésite jamais à commettre un acte abominable. Il est donc dit qu'une personne sainte peut supporter toutes sortes de conditions difficiles, qu'un érudit est à même d'accomplir son devoir sans attendre de se trouver dans des circonstances qui s'y prêtent, qu'un homme haineux comme Kamsa peut se livrer à n'importe quel acte coupable, et un bhakta tout sacrifier pour la satisfaction de Dieu, la Personne Suprême.


Kamsa fut content de l'acte de Vasudeva. Il fut surpris de constater qu'il gardait sa promesse; puis, à la fois compatissant et satisfait, il prononça ces paroles: «Mon cher Vasudeva, nul besoin de m'offrir cet enfant. Il ne représente pour moi aucun danger. On m'a prédit que je serai tué par le huitième enfant de Devaki. Pourquoi recevrais-je celui-ci? Tu peux le reprendre».


Sur le chemin du retour, avec son premier enfant, Vasudeva ne pouvait, bien qu'heureux de l'attitude de Kamsa, croire en ses paroles, car il le savait privé de maîtrise de soi. Un athée ne peut maintenir sa parole d'honneur. Celui qui ne maîtrise pas ses sens ne connaît pas la détermination. Le grand politicien Chânakya Pandita a dit: «Ne placez jamais votre confiance en un diplomate ou en une femme». Ceux qui s’adonnent sans frein au plaisir des sens ne peuvent être probes, et l'on ne saurait placer en eux notre confiance.


En ces temps, le grand Nârada Muni rendit visite à Kamsa. Il savait que ce dernier avait montré de la compassion envers Vasudeva et lui avait rendu son premier fils. Nârada désirait ardemment accélérer le plus possible la venue de Sri Krishna. Il informa donc Kamsa qu'à Vrndâvana, Nanda Mahârâja, tous les pâtres et les gopîs, et, par ailleurs, Vasudeva, son père Sûrasena et tous ses proches, membres de la famille Vrsni de la dynastie Yadu, se préparaient ensemble à l'Apparition du Seigneur. Narada prévint Kamsa de surveiller ces familles et leurs amis, comme tous les devas qui y prenaient naissance. Kamsa, ses proches, ses conseillers, tous étaient des asuras. Et les asuras craignent toujours les devas. Après avoir reçu de Nârada ces informations, Kamsa se tint en alerte. Il comprenait que puisque les devas étaient déjà descendus sur la planète, Sri Visnu, le Seigneur, apparaîtrait bientôt. Il arrêta aussitôt son beau-frère, Vasudeva, ainsi que Devakî, et les jeta derrière les barreaux. Dans la prison, tenus par des chaînes de fer, Vasudeva et Devakî donnèrent chaque année naissance à un fils, et Kamsa, croyant voir cri chacun Visnu descendu sur Terre, les tua l'un après l'autre. On a vu qu'il redoutait particulièrement le huitième fils, mais après la visite de Nârada, il en était arrivé à croire que chacun des enfants pouvait être Krishna. Il crut donc plus sage de faire périr tous ceux qui naissaient de Vasudeva et Devakî.


Le comportement de Kamsa n'est pas difficile à comprendre. On trouve, dans l'histoire du monde, bien des princes et des rois qui tuèrent père, frère, ou toute une famille, ou leurs amis, seulement pour satisfaire leurs ambitions. Rien là d'étonnant, car les asuras tueraient n'importe qui pour réaliser leurs aspirations infâmes.


Par la grâce de Nârada, Kamsa devint conscient de son existence précédente. Il sut qu'il était un asura du nom de Kâlanemi, jadis tué par Visnu. Ayant pris nouvelle naissance dans la famille Bhoja, il avait décidé de devenir l'ennemi mortel de la dynastie Yadu; Krishna devant apparaître au sein de cette dynastie, Kamsa avait grand peur d'être à nouveau par Lui tué, comme dans sa vie antérieure.


Il commença par emprisonner son propre père, Ugrasena, car il était le plus haut roi des trois dynasties Yadu, Bhoja et Andhaka, il occupa ensuite le royaume de Sûrasena, père de Vasudeva, et se proclama souverain de toutes ces terres.


Ainsi s'achèvent les enseignements de Bhaktivedanta pour le premier chapitre du Livre de Krishna, intitulé: «L'Avènement de Sri Krishna».

Commenter cet article