Une des conditions essentielles pour devenir sincèrement intéressé et motivé par le bhakti-yoga ou le service de dévotion offert à Dieu, le
Seigneur Suprême, Krishna, est de cultiver le détachement vis-à-vis du monde matériel. Ce détachement est naturellement éveillé lorsque l'on prend
conscience du caractère illusoire de notre existence dans ce monde matériel. Cette prise de conscience nous aide à devenir progressivement détaché et dégoûté de l'existence matérielle.
Cela n'est pas aussi simple qu'il peut sembler, au premier abord, car le dégoût du bhakta ou dévot pour le monde matériel n'est pas passager mais profond. Il est engendré par une véritable
réalisation et prise de conscience profondes du caractère temporaire et fugace de notre existence ici-bas.
Par exemple, bien souvent, celui qui se rend à l'enterrement d'un être cher verra
l'envahir pour un temps, un profond sentiment de désenchantement et de dégoût vis à vis de cette existence matérielle et ce qu'elle représente; le caractére précaire et éphémère de nos
relations avec les êtres que l'on aime. Et pendant la cérémonie mortuaire, il pourra se poser des questions d'ordre philosophique et se remettre en question, "Quelle est l'utilité de courir toute la journée dans tous les sens, uniquement dans le but de gagner sa vie et de maintenir une famille, si c'est pour finir, à la fin, dans
un corbillard?", et pendant la cérémonie à l'église, en écoutant le prêtre prêcher, "Peut-être devrais-je écouter le
prêtre et ouvrir plus mon coeur à la Parole de Dieu? etc.." Mais, sitôt la cérémonie mortuaire terminée, les préoccupations du foyer et la routine
du travail reprennent le dessus et les questions philosophiques sur le but de l'existence et la remise en question personnelle sont vite reléguées aux
oubliettes.
Ainsi, alors que j'étais jeune adolescent et que j'habitais Epinay-sur-orge dans l'Essonne,
je me rappelle, d'avoir été pris d'un vif sentiment d'incompréhension et de dégoût vis à vis de l'existence, à la suite de la
mort de l'un de mes meilleurs amis, Jean Hugues Bénard. Je me rappelle du choc que m'a fait l'annonce de sa mort soudaine, causée par un accident de mobylette..à 16 ans. Jean Hugues était l'unique fils de la famille Bénard, au milieu de ses trois soeurs. La nouvelle de sa mort fut d'autant plus
cruelle et dure à accepter qu'elle fut trés soudaine. Je me souviens encore émotion de la détresse extrème de ses parents, et plus particulièrement de sa mère Huguette. Plus tard, sa mère
écrivit un livre sur Jean Hugues, trés émouvant et emprunt d'amour, de regret et de poésie, avec des illustrations de sa main, ,comme pour contrecarrer la brutalité et la soudaineté de la
mort de son fils.
C'était un bel aprés-midi de printemps - contrastant terriblement avec la procession mortuaire
- quand nous avons accompagné avec de nombreux jeunes de notre âge le corbillard, de la résidence de ses parents jusqu'au cimetière d'Epinay. Je me rappelle face à
l'horreur et à la violence de l'évènement, durant la procession et plus particulièrement sur le lieu d'inhumation, d'avoir été hanté par ces pensées : "Comment peut-il avoir disparu
comme ça, si brutalement! On discutait hier encore tous les deux, sur le pas de sa porte, jusque tard dans la nuit. Il était si joyeux alors, tellement plein d'entrain, la tête rempli de
projets et il riait, il riait. Il était si gai de nature et voilà que maintenant la mort l'a emporté si brutalement!!! Je ne le reverrai plus, alors que l'image de son beau sourire est encore
tellement présente dans mon esprit! Mais pourquoi? Comment cela est-il possible??"
Mais, bien sûr, et comme on dit, la vie a vite reprise le dessus et j'ai rangé la mort de Jean Hugues dans un coin de ma
mémoire, avec une évocation de temps en temps, ponctuée d'un soupir chargé d'un peu de regret - de moins en moins avec le temps qui passait.
C'est étonnant, d'ailleurs, la faculté qu'ont les êtres humains d'oublier tout ce qui dérange leur quiétude
personnelle sans en tirer les leçons appropriées. Dans le Mahabharata, cela est merveilleusement
exprimé. A la question de Yamaraja, le deva de la mort, "Quelle est la chose la plus extraordinaire au
monde?", Maharaja Yudhisthira, un des cinq Pandavas, répond : " Chaque jour
des centaines et millions d'êtres vivants sont envoyés au royaume de la mort. Mais, malgré tout, ceux qui restent aspirent à une situation permanente dans ce monde et ainsi ne se préparent pas à
mourir. Qui y-a-t-il de plus incroyable !?"
Ainsi, le dégoût et la lassitude du dévot vis-à-vis du monde matériel est différente de
celle de quelqu'un d'autre (Et encore moins bien sûr si elle est d'ordre pathologique telle que la neurasthénie et la dépression), car elle reste basée sur
sa conscience de Krishna, sa conscience spirituelle, qui lui donne la capacité, contrairement aux autres dont la
faculté d'oubli est plus grande et l'intellligence plus réduite, de tirer les leçons qui s'imposent de ses expériences amères dans la matière.
Et le Seigneur Krishna précise dans la Bhagavad-gita (15.15) "Je Me tiens dans le coeur de chaque être, et
de moi viennent le souvenir, le savoir et l'oubli."
Ainsi, si les hommes en général dans ce monde matériel
n'éprouvent pas de dégoût véritable vis-à-vis de l'existence matérielle, ne se posent pas trop de questions sur le sens de leur existence et ainsi, ne s'en détachent pas (mais au
contraire s'y attachent de plus en plus), c'est que Dieu ou Krishna, l'Ame Suprême dans leur coeur, répondant à leur désir de jouir du plaisir des sens, ne leur donne pas
véritablement la capacité pour. Si Krishna imposait de force à tous, la conscience de Krishna, on ne pourrait pas parler d'amour de la part de Dieu vis-à-vis des êtres vivants, ces
parcelles infîmes de Lui-même. Il facilite leurs jouissances en les aidant à faire abstraction du caractère misérable et temporaire du monde matériel ( duhkhâlayam, asâsvatam, voir BG 8.15),
les aidant à rester constamment plongés dans l'illusion ou mâyâ.
Ainsi, sous l'influence de maya, les êtres conditionnés en ce monde perçoivent celui-ci comme un lieu de plaisir et de satisfaction
des sens, alors quand réalité il n'en est rien. Etant enveloppés et recouverts par cette conscience d'être le Maître et le "Profiteur " du monde
matériel, ils deviennent vite submergés par une infinités de désirs matériels, tous aussi illusoires les uns que les autres. Ils s'y perdent d'ailleurs eux-mêmes tellement, qu'au
milieu de cette myriade d'aspirations et de désirs infinis, ils sont parfois envahis par l'angoisse, le doute et la confusion, jusqu'à parfois en perdre la tête et finir
même à l'asile psychiatrique.
Mais, malgré tout, une personne qui jusque là était indifférente vis-à-vis de la spiritualité peu, après maints échecs répétés et projets
avortés au niveau matériel, désirer enfin s'enquérir de la Vérité Absolue. Elle se pose alors la question qui ouvre la réflexion philosophique par excellence dans le Vedanta
sutra : "athato brahma jijnasa; maintenant (que j'ai une forme humaine) est venu le temps de s'enquérir de la
nature de la Vérité Absolue".
Et si elle a la chance, à cet instant de lassitude, de détachement et de remise en question, de rencontrer un maître spirituel
authentique, un pur dévot de Krishna, tel Srila Prabhupada ou son représentant authentique, - ce qui à ce stade malheureusement n'est pas souvent le cas car elle est souvent
fourvoyée par de faux gurus - elle pourra retrouver progressivement sa conscience originelle, sa conscience de Krishna, la vériable source de
félicité et de bonheur. Et par là-même, elle retrouvera une juste perception du monde matériel, amorçant enfin, en cultivant le
détachement de celui-ci, la possibilité, avec la grâce du maître spirituel et des Saints Noms de Krishna - Hare Krishna Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare
Hare / Hare Rama Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare - , de s'en affranchir définitivement . Elle pourra retrouver son véritable privilège, en tant qu'âme spirituelle éternelle, parcelle
de Dieu: goûter à des relations éternelles d'amour, en compagnie du Seigneur Suprême Krishna et Ses purs dévots, au
sein de sa famille éternelle retrouvée, dans le monde spirituel.
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