
Cette conférence donnée par Sa Divine Grace A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupada, à la Salle Pleyel de Paris, le 14 juin 1974, sur les premiers versets de l'Evangile selon Saint Jeapan, revêt pour moi une saveur toute particulière. Cela non seulement, bien sûr, de part le thème particulièrement interessant de la conférence qui traitait de la puissance du son spirituel et absolu. Mais aussi du fait que c'était pour moi la première fois que je recontrais Sa Divine Grace et j'en garde un souvenir particulièrement émouvant. J'aimerais vous aussi vous le faire partager.
Jagad
Mesdames et Messieurs, laissez-moi tout d'abord
vous remercier de votre aimable participation à ce Mouvement du sankirtana qui a pour but de répandre la vibration de sons purement spirituels. La Bible reconnaît également. que le son est à l'origine de toute création, comme
nous pouvons le lire dans le passage suivant:
(Un disciple lit): Evangile selon Saint. Jean, chapitre premier:
"Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. - Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. De tout être il était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu l'atteindre."
J'aimerais citer un verset sanskrit en rapport avec ce passage de la Bible:
Nāma-cintāmaṇi-kṛṣṇaḥ
caitanya-rasa-vigrahaḥ
pūrṇaḥ śuddho nitya-mukto
abhinnatvān nāma-nāminoḥ
Ce verset explique, que le Nom de Dieu a la même puissance que Dieu Lui-même. Le Nom de Dieu est ici qualifié de purna, "complet", de sudha, "dépourvu de toute
souillure matérielle" et de nitya, "éternel". Les mots abhinnatvan
nama-naminoh signifient qu'il n'y a pas de différence entre la personne et son nom. C'est pourquoi lorsque nous chantons le Saint Nom de Dieu, celui de
"Krsna" par exemple, Krsna Se trouve alors Lui-même présent.
Mais il n'est pas obligatoire de chanter "Krsna". On peut chanter n'importe lequel des Noms de Dieu car Il en possède d'innombrables à travers le monde qui, tous, ont le même effet.
A vrai dire, Dieu n'a pas de nom, Il S'en voit attribué selon Ses Actes.
Nous-mêmes glorifions Dieu sous le Nom de "Krsna", qui signifie "l'infmiment fascinant". Mais en quoi Dieu est-Il infiniment fascinant? Il nous faudra d'abord définir ce qui exerce une certaine fascination en ce monde. On dira d'une personne qu'elle est fascinante
si elle est très riche, très puissante, très sage, très belle, célèbre ou renoncée. Or les Vedas déclarent:
aisvaryasya samagrasya
viryasya yasasah sriyah
jnana-vairagyayos capi
sannam bhaga ïtingana
Ce verset enseigne que Dieu est infiniment fascinant car c'est Lui le plus riche, le plus fort, le plus beau, le plus sage, le plus renoncé et le plus célèbre d'entre tous. De par notre nature originelle, nous tous qui sommes rassemblés dans cette salle sommes fils de Dieu Krsna enseigne à cet effet dans la Bhagavad-gita:
"Comprends cela, ô fils de Kunti, que toutes les formes de vie
procèdent du sein de la nature matérielle, et que J'en suis le père, qui donne la semence." BG (14.4)
Selon la pensée védique, donc, tous les êtres vivants, peu importe l'espèce à laquelle ils appartiennent, font
partie intégrante du Seigneur. La Bible enseigne qu'au commencement il n'y avait que le Verbe et le Verbe était Dieu. Cela implique que Dieu exista avant
la création. Mais d'où viennent tous les êtres distincts? Ils procèdent de Dieu, qui créa les 8 400 000 espèces d'êtres vivants. Celui qui crée doit être le père, car même d'un point de vue
matériel, c'est le père qui procrée. La Bible affirme ici qu'il est le créateur de tout ce qui existe, et on ne peut rejeter gratuitement les assertions des Vedas ou de la Bible, Textes qui font autorité en la matière. Nous reconnaissons donc en
Dieu la source de tout ce qui existe. Les fidèles à l'église prient ainsi: "Père, donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien", ce qui prouve bien que Dieu doit être le père de tous,
comme le confirme notre verset: "Tout fut par lui et sans lui rien ne fut." Voilà la connaissance parfaite.
On retrouve également cette idée dans le Vedanta sutra, la plus parfaite philosophie présentée dans le langage védique,
athato brahma-jijnasa: "L'existence humaine est faite pour s'enquérir de Dieu". Or, le Mouvement pour la Conscience de Krsna a pour but d'aider l'homme à comprendre qui est Dieu. Ce Mouvement n'a atteint l'Occident que depuis six ou sept ans, mais il existe depuis cinq mille ans. Par "conscience de Krsna", nous entendons concience de Dieu. L'homme
existe à seule fin de comprendre qui est Dieu et comment devenir conscient de Lui, chose impossible pour l'animal. Nos affiches annonçaient une conférence sur le thème de Dieu et seuls les êtres
humains sont venus; cela n'a intéressé ni les chats ni les chiens. La condition d'homme nous est accordée par la nature afin de pouvoir saisir qui est Dieu, et celui qui ne remplit pas
cette mission n'aura peut-être pas la chance de renaître en tant qu'être humain. L'âme qui se trouve dans le corps représente une infime partie de Dieu. Si l'on
comprend ce qu'est l'âme, on pourra donc partiellement connaître Dieu; en fait, si l'on s'étudie soi- même, cela revient, dans une certaine mesure, à étudier Dieu, car Il est la source de notre
existence. La Bible confirme également que l'homme est fait à Son image; en cherchant à se connaître soi-même -c'est ce que l'on entend par "méditation"-
on parviendra donc à saisir qui est Dieu.
Ceux qui fondent leur conception de l'existence sur le corps matériel accordent une grande importance au yoga et la méditation pour progresser sur la voie de la
réalisation spirituelle. Mais il existe une bien simple méthode pour comprendre notre identité. Regardons notre doigt par exemple, et posons-nous cette question: "Suis-je mon doigt?" La réponse
sera négative. Je ne suis pas ce doigt, il s'agit plutôt de mon doigt. N'importe qui même un enfant, dira: "Voilà mon doigt, ma main, ma jambe, ma téte..." Mais personne ne dira: "Moi le doigt,
moi la tête, moi la jambe. Nous en concluerons que le moi, l' âme, est différent du corps matériel.
C'est la présence de l'âme qui provoque la croissance et les diverses transformations du corps. Prenons l'exemple d'un enfant: son
corps se transformera en celui d'un jeune homme, lequel à son tour se transformera en celui d'un vieillard. Chacun d'entre nous peut se rappeler ces étapes de son existence: "Jai eu un petit
corps d'enfant, puis celui d'un jeune homme et j'aurai un corps de vieillard." Je peux ainsi comprendre par cette simple analyse que je diffère du corps, et que, possédant une nature éternelle,
j'ai existé temporairement dans chacune de ces enveloppes corporelles. La Bhagavad-gita enseigne à ce sujet, na hanyate hanyamane sarire: "Après
l'anéantissement du corps, moi, l'âme, je ne suis pas détruit, mais continue de vivre". La Bhagavad-gita décrit ainsi la nature éternelle de l'âme.
na jāyate mriyate vā kadācin
nāyaḿ bhūtvā bhavitā vā na bhūyaḥ
ajo nityaḥ śāśvato 'yaḿ purāṇo
na hanyate hanyamāne śarīre
L'âme ne connait ni la naissance ni la mort. Vivante, elle ne cessera jamais dêtre. Non née, immortelle, originelle, éternelle, elle n'eut jamais de commencement et jamais n'aura de fin. Elle ne
meurt pas avec le corps." (B.g., 11.20)
La mort ne représente que la destruction de l'enveloppe du corps matériel, grossier .
Nous savons tous par expérience lorsque nous rêvons, la nuit, nous quittons notre chambre emporté par le corps subtil constitué du mental, de l'intelligence et
du faux ego , bien que notre corps grossier, lui, demeure allongé sur le lit. Ainsi avons-nous déjâ tous
expérimenté le fait quitter notre grossier pour accomplir d'autres activités avec le corps subtil. Le moi, l'âme, passe ainsi constamment du corps grossier au corps subtil: je rêve avec le corps
subtil, et sorti à l'état de rêve, je réintègre le corps grossier. Et c'est ce passage de l'àme portée par le corps subtil d'un corps matériel à un autre qu'on
appelle la mort.
Le corps subtil, composé du mental, de
l'intelligence et de l'ego matériel, nous emporte d'un corps à un autre, selon nos pensées à l'instant de la mort. l'âme devra ainsi revêtir un
nouveau corps de matière correspondant à ces pensées. La Bhagavad-gita enseigne à ce propos:
yam yam vapi smaran bhavam
tyajaty ante kalevaram
tam tam evaiti kaunteya
sada tad-bhava-bhavitah
"Car, certes, ô fils de Kunti, ce sont les pensées, les souvenirs de l'être à
l'instant de quitter le corps qui déterminent sa condition future." (B.g., VIII.6)"
Ainsi c'est notre bhava, notre état d'esprit, qui nous portera vers notre prochain corps au moment du trépas .Nous savons grâce
aux enseingenements de la Bhagavad-gita, que l'âme obtient un autre corps après la mort (tatha dehantara-praptih). Mais quel sera ce corps? Il faut donc se
préparer en vue de ce changement. Il existe d'innombrables formes de vie: 900000 espèces aquatiques, 2000000 d'espèces végétales, plantes et arbres
1100000 espèces d'insectes, 1000000 d'espèces d'oiseaux et enfin, 3000000 d'espèces d'animaux terrestres. On dénombre en
outre 400000 espèces humaines et au sommet de cette échelle se trouve l'homme civilisé. En effet, si la nature nous a fait don de la forme humaine, c'est pour
nous permettre de comprendre Dieu, quand les autres espèces n'ont aucune chance d'y parvenir. Notre devoir à tous, par
conséquent, est de comprendre Dieu avant que la mort ne nous surprenne de nouveau et si nous utilisons ce corps pour vivre comme des chiens ou des chats, nous
laissons ainsi échapper une merveilleuse opportunité. Comment pouvons-nous prétendre être libres puisque la nature nous impose son joug? La
Bhagavad-gita nous explique à cet effet:
prakriteh kriyamanani
gunaih karmani sarvasah
ahankara-vimudhatma
kartaham iti manyate
Les gunas sont au nombre de trois: la vertu. la passion et l'ignorance et lorsque nos actes sont régis par la nature matérielle, c'est alors que nous subissons l'infuence de ces
gunas. La Bhagavad gita enseigne:
urdhvam gacchanti sattva-stha
madhye tisthanti rajasah
jaghanya-guna-vrtti-stha
adho gacchanti tamas
Dharmam tu saksad bhagavat-pranitam: les Ecritures védiques expliquent que le
dharma, la véritable religion, consiste en des lois
énoncées par Dieu. Celui qui obéit aux lois de l'Etat, par
exemple, vivra paisiblement. Il se peut que ces lois lui déplaisent, mais s'il ne les respecte pas, il devra quand même être puni. Pareillement, à moins d'obéir aux lois de Dieu, nous serons
punis. Nul ne peut faire abstraction de ces lois.
Pour conclure, Dieu existe et Sa parole prouve qu'il est une personne. Dès l'instant où nous acceptons la parole de Dieu, nous
devons reconnaître qu'il est Lui-même une Personne. Le fait que puissions parler démontre bien que nous sommes des êtres personnels. Et de plus, Dieu et Sa parole ne font qù'Un. Dieu est donc une
Personne et il parle. Et s'Il parle, Il peut également entendre, sentir, manger, etc. S'il ne pouvait entendre, alors, les prières que nous Lui adressons -tel le "Donnez-nous aujourd'hui notre
pain quotidien" seraient inutiles. Par conséquent, à la lumière de Ecritures -qu'il s'agisse de la Bible ou de la Bhagavad-gita, il est clair que Dieu,
comme nous, est bel et bien une Personne.
Nityo nityanam cetanas cetananam/eko bahunam yo vidadhati kaman: ce verset tiré
des Vedas explique que Dieu est l'Etre Suprême. Le dictionnaire l'affirme: le mot "Dieu" se rapporte au Seigneur Suprême. Nous sommes tous des êtres distincts mais Dieu, Lui, est l'Etre Souverain. Une nation compte de nombreux citoyens, mais l'un d'entre eux sera le président. De même,
l'Etre Suprême règne seul sur tous les êtres distincts éternels. Eko bahunam yo vidadhati kama: l'existence de tous les êtres repose sur Sa Personne et
puisque nous dépendons de Lui, nous L'approchons pour demander notre pain quotidien. De par notre position naturelle et originelle, donc, nous sommes subordonnés à Dieu, le maître du destin.
Nous sommes infinitésimaux alors que Dieu est grand. Mais nous nous acharnons à renier cette vérité et c'est la raison de
tous nos problèmes. Le but du Mouvement pour la Conscience de Krsna est donc d'enseigner que puisque l'homme est naturellement subordonné à Krsna, il ne sera heureux que s'il s'abandonne à
Lui. Pourquoi donc conserver une attitude rebelle? Sarva-dharman parityajya mam ekam saranam vraga, telle est la conclusion de la Bhagavad-gita: s'abandonner à Dieu pour connaître le bonheur. Nous cherchons ce bonheur par tous les moyens, mais si devant
l'échec de nos efforts, nous acceptons la voie de l'abandon à Krsna, tous nos problèmes en seront résolus. Ce Mouvement ne cherche pas convertir les hindous au christianisme, ni les chrétiens à
l'hindouisme. Nous n'avons qu'une seule requête: que chacun s'efforce de comprendre Dieu, de L'aimer et de trouver ainsi le bonheur. La
Bhagavad-gita (V.29) ajoute que pour connaître la paix intérieure, il faut être conscient de trois vérités: tout n'existe que pour le plaisir de Dieu, Il est le maître et possesseur de
toutes choses, et l'ami suprême de tous les êtres. Comprendre ces trois vérités, c'est atteindre le succès. Et pour cela, il suffit de chanter les Noms du Seigneur:
Hare Krsna Hare Krsna
Krsna Krsna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama
Rama Rama Hare Hare
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