Srila Prabhupada

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Amour, sexe et illusion

Le Karma, une justice infaillible

 

Publié par Jagadananda

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Une conversation entre 
Jagadananda das et Tristan Prévost
________________
 

T  H  È  M  E  S      A  B  O  R  D  É  S

 

LE MYTHE DE L'EPANOUISSEMENT SEXUEL DOIT-ON RÉPRIMER SES DÉSIRS SEXUELS?
LE GRAND DANGER DU SEXE LIBRE LE MARIAGE SACRÉ
LE MARIAGE, UN ACCOMPLISSEMENT ? "FAIRE  L' AMOUR", UNE FORMULE TOMPEUSE
AIME-T-ON LA PERSONNE OU SON PLAISIR ? COMMENT VAINCRE LA CONCUPISCENCE
 SUBLIMER SA SEXUALITÉ SE RELIER A LA SOURCE DE L'AMOUR
L'ÉTAT D'ÉVEIL SPIRITUEL PRIVÉ D'AMOUR
KRISHNA, LA SOURCE DE L'AMOUR QUI DIT JOUISSANCE DIT AUSSI SOUFFRANCE
LE VÉRITABLE PLAISIR EST AU NIVEAU SPIRITUEL  CERTAINS REJETTENT KRISHNA, POURQUOI ?
L'AMOUR SANS KRISHNA N'EXISTE PAS  VRINDAVAN, "LE ROYAUME DE L'AMOUR" 
AU SUMMUM DE L'AMOUR  KRISHNA, LE RÉSERVOIR SUPRÊME DE L'AMOUR
REJOINDRE LA FAMILLE DE KRISHNA  

 

DEUXIEME PARTIE

 

Le mythe de l’épanouissement sexuel

 

Tristan Prévost: C'est même plutôt le contraire (que de rechercher à maîtriser ses sens), la majorité des couples actuels recherchent l’épanouissement sexuel.


Jagadananda:  Mais qu’est-ce que «l’épanouissement sexuel» sinon une illusion de plus?

Tristan Prévost: Comment cela?

Jagadananda : Penser qu’une personne puisse pleinement s’épanouir à travers la sexualité n’est que leurre et illusion. Certes, le sexe constitue un des quatre besoins matériels essentiels (les trois autres sont manger, dormir et se défendre) de l’être humain, comme de l’animal, mais de là à penser qu’il représente un moyen de « s’épanouir », c’est-à-dire d’atteindre au plein et harmonieux développement de son être intérieur, c’est parfaitement illusoire et trompeur. Tout comme on ne peut atteindre à l’épanouissement profond de son être à travers l’alimentation, le sommeil ou le confort d'une maison, on ne le peut pas plus à travers le sexe. Tout ce à quoi l’on peut s’attendre lorsque l’on répond à ces quatre demandes du corps est d’améliorer son confort corporel, rien de plus.

Toute cette croyance résulte d’une trop grande identification au corps qui elle-même conduit à une idéalisation du sexe. Il reste un besoin et une nécessité majeurs actuellement pour la majorité des gens, mais cela ne lui confère pas pour autant une valeur intrinsèque. La preuve d’ailleurs est qu’un nombre non négligeable de personnes dans notre société (religieux, personnes âgées seules, ou même en couple, personnes naturellement pas demandeuses, etc..) vivent très bien et heureux sans sexe. Malgré toute la propagande actuelle dont il bénéficie, on doit savoir que le sexe, au contraire de la chasteté (1), ne libère pas l ’âme mais l’asservit.

Tristan Prévost : Pardonnez-moi, mais sans rentrer dans la philosophie, comment peut-on dénier le fait que quelqu’un, en tout cas temporairement, puisse se sentir épanoui sexuellement ?

Jagadananda : Certainement, mais c’est justement ce caractère éphémère et transitoire de l’idéal de « l’épanouissement sexuel » - idéal que proclame haut et fort les psys, les sexologues, les philosophes à travers une multitude de magazines et livres -, qui le rend dérisoire.

Les composants de l’idéal visé, «épanouissement» et «sexuel» ,  sont antagonistes. Ils ne peuvent être associés l’un à l’autre. Quand on parle d’ «épanouissement sexuel» on fait allusion au plein et harmonieux développement de sa vie sexuelle, mais c’est un leurre. Pourquoi ? Parce que par nature le corps évolue constamment et qu’à travers l’existence il subit de multiples changements. Ainsi, durant cette vie, passe-t-on à travers différents corps; le corps d’un petit enfant, d’un enfant, d’un adolescent, d’un adulte, puis d’un homme mûr, d’un homme âgé et enfin celui d’un vieillard. Étant donné donc que le corps évolue constamment, comme peut-on fixer comme idéal important de l’existence l’épanouissement sexuel?

Admettons que quelqu’un se sente, pendant un certain laps de temps, « sexuellement épanoui », quelle est la valeur d’un tel «épanouissement»? N'est-il pas illusoire, s’il doit, de nouveau, quelques temps après, connaître l’insatisfaction sexuelle ?

Tristan Prévost :  Mais la vie est ainsi...c’est un perpétuel recommencement.

Jagadananda: Non! Vous devriez spécifier : « la vie matérielle est un perpétuel recommencement », et en particulier, la vie sexuelle (2). Au niveau spirituel il en est tout autrement car notre conscience est stable et paisible . En vérité, il est impossible d'assouvir ses pulsions sexuelles. La Bhagavad-gita compare la concupiscence au feu. Elle la décrit comme « insatiable et brûlante », comme lui. Tout comme le feu n’est jamais rassasier la concupiscence ne l’est jamais non plus. Autrement dit, tant que l’on jette des matières combustibles dans le feu, celui-ci ne s’éteint jamais. La seule façon de stopper sa concupiscence est d’arrêter de l’alimenter.

Tristan Prévost : La voie austère de la restriction, est-ce tout ce que vous proposez ?

Jagadananda : Non, il ne faut pas voir les choses ainsi, sous un aspect purement austère et restrictif. L’être éveillé à la conscience spirituelle, à la conscience de Krishna n’est pas affecté de la même façon que le non-dévot, le karmi, par les changements successifs du corps et les pulsions sexuelles qui l’accompagnent.

Les sens du dévot sont beaucoup moins agités (voir, pas du tout, pour les plus purs d'entre eux) que ceux du karmi, et s'ils le sont, le dévot n'en est pas affecté. Et pourquoi n’est-il pas affecté ? Car il a conscience d’être une âme spirituelle distincte du corps matériel. Le «perpétuel recommencement» auquel vous faisiez allusion, l’être conscient de  Dieu sait qu’il concerne uniquement son corps matériel mais pas lui, l’âme à l’intérieur, qui est de nature immuable. Il ne s’identifie donc pas à son corps matériel qu’il sait n’être qu’une simple enveloppe charnelle. De la même façon, il ne s’identifie pas avec les désirs charnels qui émanent de son corps – lesquels, d’autre part, du fait de sa pratique spirituelle, sont beaucoup moins forts que ceux du non-dévot. Il a conscience du fait qu’aussi longtemps qu’il demeurera incarné dans un corps de matière, il devra connaître des désirs charnels émanant de celui-ci.

Mais il sait aussi que ces désirs sexuels proviennent du corps et non pas de l’âme qui, elle, en est libre. Il est ainsi disposé à rester sobre, et à ne pas répondre sans discrimination aux sollicitations des sens. C’est ce  qu’on appelle la maîtrise de sens et c’est un principe fondamental de la vie spirituelle. Sans elle (la maîtrise des sens) il est impossible de progresser dans la voie spirituelle. Cette maîtrise de soi conduit à la sérénité et donc au bonheur, quand l’attitude inverse - d’abandon aux plaisirs des sens - n’entraîne qu’agitation mentale, angoisse et souffrance.

«Celui qui reste inébranlable malgré le flot incessant des désirs, comme l'océan demeure immuable malgré les mille fleuves qui s'y jettent, peut seul trouver la sérénité; mais certes pas celui qui cherche à satisfaire ces désirs.»

                        Voir Bhagavad-gita 2.70

 

Doit-on réprimer ses désirs sexuels ?

 

Tristan Prévost : Réprimer ses désirs sexuels, cela ne semble pas évident...

Jagadananda : Non, il ne s'agit pas de réprimer ces désirs sexuels, c'est autre chose ; il s'agit plutôt de transcender ceux-ci. Si le dévot parvient à transcender ces désirs c'est qu'il jouit grâce à sa conscience spirituelle (conscience de Krishna) d'une plénitude intérieure. Srila Prabhupada, dans son commentaire du verset de la Bhagavad-gita que l'on vient de citer l'exprime merveilleusement :

« L'océan, dans sa plénitude, reçoit sans fin de nouvelles eaux, surtout durant la saison des pluies, et pourtant, demeure impassible; il ne change pas, il ne s'agite pas, il ne sort pas de ses limites. Comme lui est l'être conscient de Krishna. En effet, tant que l'on possède un corps matériel, les demandes des sens ne cessent d'affluer; mais le bhakta, à cause de sa plénitude spirituelle, n'en est pas troublé. Conscient de Krishna, il n'a nul besoin, car le Seigneur pourvoit à tout.

Le bhakta est donc comme l'océan, jouissant toujours d'une plénitude totale. Les désirs peuvent affluer, comme les eaux des rivières dans l'océan, mais il n'en est pas le moins du monde affecté; rien ne le fait dévier du sentier de la réalisation spirituelle. Voilà comment reconnaître l'homme conscient de Krishna; il n'est plus porté à jouir de ses sens, même si les désirs l'assaillent encore. Il est pleinement satisfait en servant le Seigneur avec une dévotion toute spirituelle, et, comme l'océan, il demeure toujours immuable, jouissant d'une paix sans trouble.»


Tristan Prévost: J’aurais une question, si vous le voulez bien. Notre conversation a pour thème principal, l’amour, et jusque là vous avez toujours associé étroitement la question de l’amour à l’amour de Dieu ou de Krishna. Vous semblez opposer l'amour des autres à l'amour de Dieu ; aimer Krishna se fait-il à l’exclusion de tout autre amour?

Jagadananda: Non, pas du tout. Le fait est que lorsque l’on développe l’amour de Dieu on développe en même temps son amour pour tous les êtres vivants. Tout comme lorsqu’on arrose les racines d’un l’arbre, l’arbre entier en bénéficie. En adorant Dieu, l’origine de tous les êtres, notre amour pour eux s’en trouve accru.

D’autre part, lorsque l’on ravive son amour de Dieu, on cesse d’avoir une attitude discriminatoire vis-à-vis des êtres, qu’elle soit sexiste, raciale, sociale, religieuse, politicienne, etc.... Celui qui développe vraiment son amour de Dieu développe en même temps son amour pour tous les êtres vivants,  y compris les animaux. Ce n’est pas comme ces religions hypocrites qui parlent d’amour de Dieu tout en sanctionnant l’abattage de millions d’animaux pour le seul plaisir des papilles gustatives. Non! Qui a réellement éveillé son amour de Dieu perçoit par là même le caractère sacré de toute vie . Il ne veut pas être la cause de la souffrance d’un être vivant quel qu’il soit et que dire de prendre sa vie pour la seule satisfaction de sa langue. L’être éclairé voit tous les êtres d’un oeil égal ; tel est l’enseignement de la Bhagavad-gita. Les religions qui sont dépourvues de cette vision d’égalité et de fraternité entre les êtres vivants, quelques soient leurs apparences extérieures, ne sont des religions que de nom.

Tristan Prévost: Pour revenir à la discussion précédente, doit-on réprimer l 'attraction sexuelle ?

Jagadananda: Non, pas la réprimer, mais la contenir et la sublimer, certainement. On ne doit pas chercher à réprimer cette attraction mais à la purifier. Peut-on arrêter les vagues de l’océan? Le sexe est au fondement même du monde matériel.

Ce n’est pas tant cette attraction qui est condamnable que la surenchère qu’on en fait. La société actuelle est plongée dans l’ignorance . Elle cherche à augmenter la fièvre du malade plutôt qu’à l’atténuer. Que penserait-on d’un médecin qui, alors que vous êtes malade et fiévreux, vous prescrirait d’augmenter la fièvre? C’est inconcevable ! Et pourtant, c’est bien ce qui se passe aujourd’hui au niveau de la sexualité. Au lieu de l’atténuer et de la canaliser, on cherche à l’attiser constamment. Comparer la fièvre sexuelle à la fièvre corporelle est approprié car de même que la présence de fièvre corporelle indique la présence d’éléments pathologiques dans le corps, la fièvre sexuelle révèle la présence de désirs concupiscents dans le cœur. La convoitise - kâma- représente, comme le souligne la Bhagavad-gita, notre plus grand ennemi. Et la société actuelle s’est fourvoyée à un tel point qu’elle ouvre grand ses bras à cet ennemi. Partout, constamment, autour de nous, devant nous (sur internet), on retrouve milles sollicitations sexuelles.

Tristan Prévost: Beaucoup de gens vous diront: “Mais le sexe est un tel plaisir!”

Jagadananda: C'est un plaisir que l'on paie tellement cher! L’attachement au sexe est la cause primordiale de notre enchaînement au cycle des morts et des renaissances, et celui-ci est à l’origine de toutes nos souffrances. Le plaisir sexuel est accompagné de tant d’effets indésirables, qu’il soit d’ailleurs légitime (dans le cadre du mariage) ou illicite . Maintenir une famille n'est pas chose aisée ; élever des enfants, répondre à leurs besoins matériels et affectifs, prendre en charge leur éducation, leur bien-être, leur santé, leurs études, etc...Il faut travailler très dur pour l’argent et faire face à de nombreuses contraintes.

 

Le grand danger du sexe libre

 

Tristan Prévost: Mais nombreux sont ceux aujourd’hui qui ne s’embarrassent pas d’un foyer et jouissent du sexe librement...

Jagadananda: Mais le résultat est pire encore.  Beaucoup d’hommes et de femmes, aujourd’hui, sont réellement aveugles et inconscients. Parce qu’ils font du plaisir des sens le but de leur existence, ils s’engagent dans maintes activités coupables sans tenir compte le moins du monde des terribles conséquences karmiques qu’elles engendrent. Ils agissent ainsi comme des fous et des insensés (même si beaucoup parmi ceux-là occupent des positions élevées dans la société). Les libertins, épicuriens et adeptes de clubs échangistes de tous genres sont plongés dans l’ignorance la plus profonde car ils ne voient pas qu'en contre-partie de quelques années de plaisirs charnels illicites, ils se préparent un futur particulièrement sombre.

Tristan Prévost: Que voulez-vous dire précisément?

Jagadananda: En s'adonnant au libertinage, autrement dit, au sexe illicite, on s’expose à un grave danger, celui de devoir renaître dans sa prochaine vie dans un corps animal car, selon les lois strictes du karma, la forme humaine n’est pas destinée à de telles pratiques dégradées.

Tristan Prévost: Beaucoup de gens diront qu’en qualifiant le libertinage de “pratiques dégradées” vous portez un jugement moral qui n’a pas lieu d’être. Au sujet de l’affaire DSK par exemple, après les actes d’agression sexuelle grave commis par M Strauss Kahn, on a cherché naturellement à savoir s’il n’aurait pas été possible de prévenir de telles choses. Les médias ont rappelé, à ce sujet, que Strauss Kahn avait l’habitude de fréquenter des clubs libertins. Ce fait était connu de nombreux politiciens et journalistes, mais  personne pourtant n’a jugé bon de le dénoncer, comme si, en quelque sorte, tout cela était normal. C’est effrayant quand on y pense.

Mais poursuivant le sujet (sur le fait de porter un jugement moral), quand on a soulevé cette question des clubs libertins, à propos de l’affaire DSK, ce qui m’a frappé est que parmi tous ceux qu'on a entendu dans les médias, aucun ne s’est élevé contre la pratique du libertinage, surtout par un politicien important. Les raisons évoquées d’une telle indulgence étaient - et cet argument revenait comme une litanie - “qu’à partir du moment où tout cela se passe entre adultes consentants il n’y a rien à dire”. Autrement dit, selon cet argument, tant qu’il n’y a pas violence et contrainte, peu importe ce que font les individus entre eux, s’ils y prennent du plaisir, tout va bien!

Jagadananda: Mais cela ne va pas du tout car on se rapproche de plus en plus de la vie animale. En fait, c'est pire encore, car même les animaux ne s'adonnent pas à des orgies sexuelles. C’est un signe de dégradation évident. Et, en toute logique, ceux qui s'adonnent à de telles pratiques abjectes se préparent un futur très sombre (un séjour dans les planètes infernales puis une renaissance dans les espèces animales, voir, plus bas encore, végétales). 

 

Le danger de renaître dans les espèces végétales comme conséquence au sexe illicite

 

De plus en plus, on recherche à ôter toute considération morale à nos actes.“Pour-autant-que-tu-ne-nuis-pas-aux-autres,-fais-ce-qu’il-te-plaît ”, voilà le slogan moral en vogue. Mettre de la vertu (“ne pas nuire aux autres”) dans le vice, voilà le comble de l’hypocrisie.

Cela me fait penser à une petite histoire. Il s'agit d'une bande de  gangsters qui viennent de cambrioler une banque. Une fois leur méfait commis, ils s’assoient ensemble autour d’une table pour discuter du partage du butin. Un des malfrats prend la parole et dit d'un ton solennel: “Maintenant, il faut se montrer honnête et juste, et partager le butin équitablement entre nous”.

Tristan Prévost: (rire) Oui, c’est bien ça, l’âge de Kali est l’âge d’hypocrisie, on se complaît dans le vice, mais on se targue d’être vertueux. Et puis, comme on est loin d’être le seul, alors tout va bien! Le nombre fait la légitimité.

Mais pour revenir au sujet de  l’attraction sexuelle, vous disiez qu’elle doit être atténuée,  canalisée et sublimée, comment réaliser pratiquement de telles choses?

 

Le mariage sacré

 

Jagadananda: D’abord, si vous le voulez bien, parlons des deux premiers points, atténuer et canaliser sa vie sexuelle, et ensuite nous parlerons du moyen de sublimer celle-ci. Concernant donc les deux premiers points, Dieu a institué le mariage. L'idée est que si l'être prend naissance dans ce monde matériel c'est dans le but de satisfaire ses sens. Le Seigneur Suprême a institué le mariage afin de permettre à chacun d'assouvir ses désirs matériels, mais surtout et en même temps, de lui permettre de pouvoir progresser sur le sentier de la réalisation spirituelle, la conscience de Krishna, le véritable but de l'existence.

Tristan Prévost: Mais les gens sont encore nombreux à se marier, et les choses pourtant empirent...

Jagadananda: Mais on ne parle pas de ce genre de mariage, on parle de « mariage sacré ».

Tristan Prévost: Qu’entendez-vous par “mariage sacré”?

Jagadananda: Pour comprendre véritablement ce qu’est le mariage sacré, il faut comprendre ce qu’est l’organisation du  varnashram  , l’organisation d’une société (aux origines millénaires) fondée sur la réalisation spirituelle et le développement de la conscience de Dieu.

Le problème aujourd’hui est que l’homme a perdu de vue le réel but de l’existence.  La société s’est fourvoyée, elle est fondée uniquement sur le développement économique et la satisfaction des sens,  quand elle devrait être fondée sur la réalisation spirituelle  et le développement de la conscience de Dieu .

L’homme actuel n’est pas très intelligent. Alors qu’il n’est que de passage sur la terre (quelques décennies de vie) il se comporte comme s’il devait y demeurer éternellement. Il travaille très dur pour assurer ses seuls besoins corporels - manger, dormir, s’accoupler et se défendre -  et néglige totalement en contre-partie ses besoins spirituels. Il ne réalise pas que cette vie qui l’accapare tout entier n’est qu’un flash dans l’éternité. L’éternité devrait représenter sa véritable échelle de temps (car si son corps est temporaire, son âme[son moi véritable], elle, est éternelle) mais comme il est profondément identifié à son corps, tel un animal ignorant,  il ne s’occupe que de son existence présente avec ses quelques années de vie. Il ignore tout-à-fait qu’il devra transmigrer dans un autre corps après sa mort et que sa vie présente prépare sa vie future.

Mais celui et celle qui s’engage dans le mariage sacré - le grihastha ashrama - n’est pas ignorant, il sait que son véritable moi est de nature spirituelle . Il place donc le développement de la conscience de Krishna au centre de son foyer et non la recherche du plaisir des sens.

 

Le mariage, un accomplissement ?

 

De plus, le dévot ne considère pas le mariage comme l’accomplissement de sa vie. Il comprend que le mariage ne représente qu’une des étapes de la vie vers la perfection ultime, le développement de sa conscience de Dieu. Malheureusement, la majorité des hommes et des femmes, à l’heure actuelle, sont dépourvues d’une telle conscience, et perçoivent le mariage comme une finalité en soi, un des accomplissement majeur, sinon "l’accomplissement majeur" de leur vie.

Tristan Prévost: Mais la religion elle-même, ne les encourage-t’elle pas à penser ainsi ? Les époux ne promettent-ils pas de rester ensemble, « jusqu’à ce que la mort les sépare »?

Jagadananda: En effet, selon la formule consacrée propre aux religions établies, mais selon la religion védique du varnashram dharma les choses sont différentes. La vie mariée ne représente qu’une des étapes de la vie spirituelle, un des ashrams, mais pas l’étape finale. L’étape finale est l’ordre du renoncement ou sannyasa. En fait, ce n’est pas tant cet ashram en soi – le sannyasa- qui représente l’objectif ultime de l’existence, mais le fait qu’il confère une position idéale au plein développement de la conscience et du service de Dieu (3).

Tristan Prévost: Pourquoi l’ordre du renoncement, représente-t’il l’étape ultime de la vie, le dernier ashram ?

Jagadananda: Pour le comprendre il faut se souvenir du thème initial de notre conversation, la quête de l’amour. On a dit qu’il n’y avait pas d’amour dans cette existence matérielle, que ce que l’on prenait pour de l’amour n’était en faite que de la convoitise (kâma). Ensuite, on a parlé de la nécessité de canaliser et d’atténuer cette convoitise, c’est là que l’on a abordé le sujet du mariage sacré entre un homme et une femme. Pour comprendre le sens véritable de l’ordre du renoncement, il faut réaliser que l’on ne peut renoncer à quelque chose que si l’on acquiert, en contre partie,  une chose meilleur. Si je vous demande 20 euros et qu’en contre partie je vous en donne 100 vous n’aurez aucun mal à renoncer à vos 20 euros. De la même façon, le sannyasa n’a pas de mal à renoncer à l’amour conjugale et familial  car ce qu’il obtient en échange est bien plus élevé, il s’agit de l’amour de Dieu.

Tristan Prévost: Mais ne peut-on cultiver l’amour de Dieu au sein de la vie familiale?

Jagadananda :Oui, bien sûr, cela est possible mais on a aussi de nombreuses contraintes et obligations au sein de la vie famililale. Il faut, comme on l'a déjà dit, travailler dur pour subvenir aux besoins de la famille. Tout cela,  en général,  laisse peu de temps pour cultiver sa vie spirituelle et notre esprit est souvent tourmenté par l’anxiété :

Prahlâd Maharaja dit : « … selon ce que mon maître spirituel m'a appris, une personne qui revêt un corps éphémère et qui s'implique dans une vie de famille tout aussi transitoire, ne peut qu'être tourmentée par l'anxiété, car elle est tombée dans un puits perdu où l'on ne trouve pas la moindre goutte d'eau, mais seulement de la souffrance... »

                        (Voir  Srimad Bhagavatam 7.5.5)


De plus, les liens sentimentaux et sexuels entre mari et femme, et plus généralement, les liens familiaux, sont souvent très forts et constituent différents obstacles au développement de l’amour de Dieu. C'est pourquoi, la reine Kunti, une grande dévote de Krishna, et une grande figure de l'Inde Antique, priait à Krishna de bien vouloir l'aider à briser ses liens familiaux ; et cela dans l'unique but de pouvoir, librement et pleinement, développer son amour pour Lui (voir SB 1.8.41).

La société du varnashram dharma est conçue par Krishna dans le but de permettre à une personne d'atteindre à la perfection de l'existence : la libération et le retour à Lui dans le monde spirituel. Dans cette perspective, la vie d'une personne est structurée en quatre étapes. Les 25 premières années sont celles d’un célibataire étudiant (brahmacarya), les 25 suivantes celles d’un homme et d’une femme mariés (4), les 25 années suivantes constituent l’étape du vanaprastha (les époux vivent ensemble dans une perspective purement spirituelle) et enfin, les 25 années de fin de vie (ou ce qu’il restera) doivent être exclusivement consacrées à la réalisation spirituelle et dans cette perspective les époux doivent vivre complètement séparés ; c’est l’étape du sannyasa, l’ordre du renoncement. Les années de fin de vie sont particulièrement importantes car il s’agit de « réussir sa mort ». Une mort réussie est celle pendant laquelle on aura pu fixer ses pensées sur Dieu, Shri Krishna (Son Saint Nom, Sa Forme, Ses divertissements, etc..) , et ainsi réussir sa transition au monde spirituel. Le moment de la mort constitue le test suprême d’une existence réussie. Les pensées que l’on a au moment de mourir se manifestent par rapport aux attachements que l’on a développé durant toute sa vie. Si l’on est attaché à sa femme ou à son mari,  plus qu’à Krishna, on pensera à elle ou à lui au moment de la mort, et le résultat est que l’on devra reprendre naissance (5). C’est, entre autre, ce risque capital qui doit nous conduire à sortir du grihastha ashram avant que la mort nous emporte.

Tristan Prévost: Parmi les quatre principes régulateurs qu’un dévot de Krishna s’engage à suivre au moment de l'initiation spirituelle, celui qui concerne l’abstinence sexuelle (le fait de limiter les relations sexuelles à la conception) au sein du mariage semble plus difficile à comprendre que les trois autres - ne pas prendre aucun intoxicant, ne pas consommer de viande, ne pas s’adonner aux jeux de hasard. Que l’on restreigne les relations sexuelles dans le cadre du mariage semble assez compréhensif pour un mouvement spirituel mais quand les gens entendent que la vie sexuelle devrait être limitée à la procréation, cela apparaît bien trop restrictif …

Jagadananda: C’est pourtant (la procréation) la fonction primordiale de la vie sexuelle. Krishna dit dans la Bhagavad-gita “Je suis l’union charnelle qui n’enfreint pas les principes de la religion”.  Les principes auxquels se réfère ici Dieu, Sri Krishna, sont la procrétion.

Qu'une telle restriction sexuelle soit difficilement acceptable pour la majorité des gens est compréhensible car la sexualité est au fondement même de leur vie. Mais pour un être intelligent, un dévot du Seigneur, il n'en est pas de même. Le dévot de Krishna comprend que ce n'est pas en donnant libre cours à ses pulsions sexuelles qu'il sera heureux. C'est le contraire qui est vrai. Il sait - et en conséquence, il développe l'envie de s'engager dans cette direction -  qu'en maîtrisant ses sens et en les engageant dans le service de Krishna (la voie du Bhakti-yoga), il obtient un plaisir bien supérieur; tel que corroboré par Krishna dans la Bhagavad-gita:

" En cet heureux état (de samadhi), l'être jouit, grâce à ses sens purifiés, d'un bonheur spirituel infini. Cette perfection atteinte, il ne s'écartera jamais, désormais, de la vérité."

Voir Bhagavad-gita 6.21

Cela fait des millions de vies que l'on jouit de la vie sexuelle (à travers tel ou tel corps, telle ou telle espèce) est-on pour autant plus heureux? Non, certainement pas. Au lieu de cela, il faut comprendre que l'attachement à la vie sexuelle est la cause de toutes nos souffrances en ce monde. Comment cela? Parce qu'aussi longtemps que l'on demeure attaché au sexe, on s’attache au corps matériel et l’on doit ainsi renaître encore et encore. Et renaître veut dire souffrir; souffrir de la naissance, mais aussi souffrir de la maladie, de la vieillesse et de la mort et il existe tant d’autres sources de souffrances encore.

 

SUITE: Amour, sexe et illusion (3/6)

 

1) La chasteté toutefois, pour exercer un effet positif et bénéfique sur quelqu’un doit être librement choisie et pleinement assumée; autrement dit, elle ne doit pas être vécue comme une contrainte pénible, une imposition forcée.

2) L’attachement à la vie sexuelle représente la cause première de notre enchaînement au cycle des morts et des renaissances répétées.

3) Attention toutefois ! L’expérience a prouvé -notamment au sein de l’ISKCON- que le sannyasa ne doit jamais être adopté de façon prématurée. Rien ne sert de se précipiter dans cet ashram. Autrement dit, il ne faut pas quitter le grihastha ashram tant que l’on n’a pas atteint un point d’évolution donné dans sa vie ; tant que l’on ne ressent pas une grande lassitude vis-à-vis de l’existence matérielle (autrement dit, que l’on est pas fermement convaincu qu’elle ne peut apporter que souffrance et déception) ; tant que l’on n’est pas réellement prêt à vivre la vie austère du sannyasa ashram ; tant que l’on n’est pas fermement établi dans la conscience de Krishna.

4) Cette étape n’est pas nécessaire pour tous. Certains, soucieux de préserver leur vie spirituelle et leur chance d’atteindre rapidement à la perfection de l’existence, le retour à Dieu, ne voudront pas s’impliquer dans la vie familiale et préféreront, soit rester brahmacari plus longtemps, soit, s’ils en sont capables, prendre sannyasa directement.

5) Un homme qui pense à sa femme au moment de mourir devient une femme dans sa prochaine vie et une femme qui pense à son mari devient un homme . Pour un homme devenir une femme n’est pas “une bonne affaire” car, selon la culture védique,  la forme d’un homme est à priori mieux adaptée à la culture de la vie spirituelle que celle d’une femme .

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